Eau bénite (*rituel inclus)

L’eau occupe une place proéminente dans les vie des Canadiens français, ceci n’est pas surprenant étant donné que l’importance que les cours d’eau avaient dans les transports ainsi que l’importance des pêcheries.

On utilise beaucoup d’eau et d’infusions dans les remèdes folkloriques, mais certaines eaux spéciales avaient des propriétés curatives et protectrices en elle-même, comme l’eau de Pâques et l’eau de Mai. Il y a aussi l’eau bénite qui était beaucoup utilisée par le clergé pour faire fuir le Malin, protéger ou purifier des endroits.

L’eau bénite doit techniquement être bénite par un prêtre catholique, mais à Courir le loup-garou, nous croyons que chacun a la capacité de bénir sa propre eau et que l’on n’a nul besoin de dépendre de quelqu’un d’autre. Il n’est pas contre indiqué d’avoir de l’eau bénite par un prêtre évidemment, mais il existe d’autres moyens de s’en procurer.

Eau de Pâques

L’eau de Pâques est une eau intrinsèquement bénite. Elle a le pouvoir de protection tant contre les maladies que les catastrophes naturelles. Il suffit de la boire (attention aux risques de maladie) ou d’en asperger les objets. Il existe certaine règle pour la collecte de l’eau de Pâques. On ne peut recueillir cette eau qu’une fois par année, c’est à dire le matin du dimanche de Pâques, à l’aube, mais avant que le soleil ne se lève. Il faut aussi puiser cette eau dans une source vive, qui coule à l’année et qui n’est jamais stagnante. Il faut aussi la puiser à contre-courant. Cette eau se conservera toute l’année. Pour guérir les “maux de corps”, on peut se baigner dans l’eau de la source au même moment où se fait la récolte de l’eau de Pâques.

Eaux de mai 

Nous avons déjà parlé en profondeur de l’utilisation de l’eau de la première pluie ou première neige de mai, ou encore de la pluie du premier mai comme substitut à l’eau bénite dans cet article sur notre blog en 2020. Nous vous invitons à découvrir ou redécouvrir cet article.

Eaux “presque bénite”

Il existe des sources d’eau dans divers sanctuaires catholiques, comme par exemple, au sanctuaire de Marie au Cap-de-la-Madeleine au Québec ou le lac Champlain qui touche les berges du sanctuaire à Sainte-Anne dans l’état du Vermont. Il est inscrit un avertissement que la source n’est pas bénite, mais qu’il faut la faire bénir par un prêtre pour qu’elle devienne sacré. Mais… le faut-il vraiment? Selon mon expérience, ces sources ont leur propre magie et leurs eaux sont tout à fait efficaces sans l’intervention d’un prêtre. Trouvez les sanctuaires catholiques près de chez vous et voyez si vous pouvez découvrir des sources qui coulent sur leur terrain. Faire une offrande à cette source avant d’y puiser ce dont vous avez besoin est un bon moyen de créer une relation avec cet endroit.

Si aucun de ces moyens ne vous est accessible ou que votre besoin ne peut attendre le bon moment de l’année, voici un moyen de bénir votre eau sans avoir à attendre ou même à vous déplacer. Le processus qui sera décrit plus bas nous a été donné lors d’un voyage spirituel basé sur le conte « La petite souris et le petit charbon de feu », recueilli par Marius Barbeau (1).

Dans ce conte, un charbon ardent demande à une petite souris de lui faire traverser la rivière. La petite souris ne sait pas comment s’y prendre, alors elle essaie de mettre deux petits paquets de paille en croix sur la rivière et y dépose le petit charbon. Elle pousse le petit charbon sur les flots. Celui-ci a peur et, à la surprise de personne, brûle la paille puis sombre dans la rivière, s’éteignant pour toujours. La petite souris rit et rit tant que sa petite panse se déchire… Maintenant avec son ventre ouvert, réalisant qu’elle paye pour sa méchanceté, la petite souris doit trouver une manière de se recoudre. Ceci amène la petite souris chez le cordonnier, mais celui-ci n’a pas de fil de soie et doit en obtenir un d’une truie. La truie a besoin de son d’un meunier, qui lui a besoin de fumier d’un taureau, qui lui a besoin de boire de l’eau de la rivière. La petite souris s’acquitte de toutes les tâches et peut enfin avoir son ventre recousu par le cordonnier.

C’est sur le fil de cette histoire que nous avons fait notre voyage, rencontrant chacun des esprits guides de ces personnages. Nous avons fait des offrandes de bière d’épinette et de couenne de porc, rappelant le voyage en forêt et la Truie. Nous avons ensuite suivi les instructions qui nous étaient données et avons commencé la création de notre eau bénite.

Ce dont vous aurez besoin : Réceptacle pour l’eau, eau courante (celle du robinet fait parfaitement si vous ne pouvez vous rendre à une source), deux petits paquets de paille (ou deux tiges de plante), du fil de soie rouge (ou du fil standard ou de la laine rouge), un charbon, un morceau de cuir (ou une corne d’un bovin), un morceau de tissus rouge (lin ou flanelle idéalement) et une bouteille de verre avec un bouchon.

Étapes :

1.       Entrer dans votre espace magique avec l’intention de partir dans un voyage spirituel. Annoncez vos intentions aux esprits en faisant les offrandes appropriées basées sur les images du conte et les êtres qui y sont rencontrés.

2.       Avec votre réceptacle et la pièce de cuir (ou la corne), rendez-vous à la source d’eau. S’il n’y a pas de rivière ou de crique près de chez vous, utilisez l’eau du robinet.

3.       Utiliser la corne ou un verre avec le morceau de cuir dedans pour remplir votre réceptacle. Ceci est en l’honneur du bœuf qui a bu l’eau dans lequel le charbon a été sacrifié.

4.       Ramenez l’eau chez vous et liez la paille ou les tiges de plantes en croix avec le fil rouge. Ceci est en l’honneur du champ de blé qui produit le grain du Meunier et le son de la Truie. Le fil est en l’honneur du fil de soie donné par la Truie et utilisé par le Cordonnier.

5.       Placer le réceptacle dans un endroit sécuritaire (dehors ou dans le bain par exemple), et déposer la croix sur l’ouverture de ce dernier. Dites « Ô Charbon de feu, par le voyage de la Petite souris, bénis mon eau ».

6.       Allumez le charbon et placez-le au centre de la croix. Alors que la croix brûle, placer votre bouteille au-dessus du charbon pour que la fumée y pénètre.

7.       Répétez la phrase « Ô Charbon de feu, par le voyage de la Petite souris, bénis mon eau » jusqu’à ce que le charbon tombe dans l’eau, ayant brûlé au travers de la croix et du fil.

8.       Remerciez l’esprit du Charbon. Retirez les restants de la croix. Avec la corne ou le verre avec un morceau de cuir, filtrer l’eau au travers du morceau de tissus rouge et embouteillé la.

9.       Prenez les restants de la croix et ramenez-les à la rivière et retournez-les avec les offrandes appropriées. Si vous avez utilisé l’eau du robinet, amenez les restants de croix dehors et déposez-les à un endroit approprié avec les offrandes nécessaires. 

Félicitations! Vous avez maintenant de l’eau bénite au Charbon de feu. Utilisez-la de la même manière que vous utiliseriez de l’eau de mai ou de Pâques, comme pour la guérison ou la bénédiction de votre maison ou de vos outils magiques.

(1) Barbeau, C.-Marius. “Contes Populaire Canadiens. Troisième Série.” The journal of American Folklore 32, no. 123 (Jan-Mar., 1919): 110-12. http://www.jstor.org/stable/535101?origin=JSTOR-pdf


Blessed Water (*ritual included)

Water occupies a prominent place in the lives of French Canadians, this is not surprising given the importance that waterways had in transportation as well as the importance of fisheries.

 Water and infusions are used extensively in folk remedies, but some special waters had intrinsic healing and protective properties, such as Easter water and May water. There is also holy water which was used a lot by the clergy to scare away evil spirits, to protect or purify places.

 Holy water technically has to be blessed by a catholic priest, but at Courir le loup-garou we believe that everyone has the ability to bless their own water and that there is no need to depend on someone else. It is not against having water blessed by a priest of course, but there are other ways to get it.

 Easter water

 Easter water is inherently holy water. It has the power to protect against both disease and natural disasters. Just drink it (beware of the risk of illness) or sprinkle it on objects. There are certain rules for collecting Easter water. The water can only be collected once a year, that is, on Easter Sunday morning at dawn, but before the sun rises. We must also draw this water from a living spring, which flows all year round and is never stagnant. It must also be drawn against the current. This water will last all year long. To cure « body aches », one can bathe in the spring water at the same time that the Easter water is collected.

 May waters

 We have already spoken in depth about the use of the water of the first rain or snow of May, or the rain of the first of May as a substitute for holy water in this article on our blog in 2020. We invite you to discover or rediscover this article.

 “Almost holy » water

 There are springs at various Catholic shrines, such as at the Shrine of Mary at Cap-de-la-Madeleine in Quebec or Lake Champlain, which touches the shrine’s shoreline at St. Anne in Vermont. It is inscribed with a warning that the spring is not blessed, but that it must be blessed by a priest for it to become sacred. But… do you really have to? In my experience, these springs have their own magic and their waters are quite effective without the intervention of a priest. Find the Catholic shrines near you and see if you can discover any springs flowing on their grounds. Making an offering to that spring before you draw what you need from it is a good way to create a relationship with that place.

 If none of these means are available to you or your need can’t wait until the right time of year, here is a way to bless your water without having to wait or even travel.

If you are not able to secure holy water by the means listed above, you can always make your own following these steps. Before listing the process, we should inform you that the means we have taken to make holy water within the Sorcellerie tradition is through a spirit-guided voyage informed by the conte “La petite souris et le petit charbon de feu” (Le little mouse and the burning ember) collected by Marius Barbeau (1). 

In this conte we learn of a little mouse who was asked by an animate burning ember to carry them across a river. The little mouse doesn’t know how this can be done, but resolves to take two bundles of straw, crosses them and places the ember upon it and sends it across the water. The ember is frightened and to no one’s surprise, burns through the straw and is extinguished in the water. The little mouse then has a laughing fit, laughing so hard that it literally splits its sides… Now, with an open gut, the little mouse struggles to find a way to sew itself up, realizing that this was a taste of karma. This takes the little mouse on a journey to have a cobbler stitch up its sides, but the cobbler needs a silk threat from a sow, who needs bran from the miller, who needs manure from a bull, who needs water from the river to drink. This the little mouse does and soon the cobbler fixes it up like new. 

This is the narrative we voyaged upon, meeting the spirit-guides of each of these beings. We offered to them spruce beer and pork rinds, reminiscent of the forest journey and the Sow. We then followed the instructions provided to us and set about to make the holy water sourced from a local river.

Items you will need: Water receptacle, running water (tap is fine if you are not near a water source), two bundles of straw (or herb stems), silk thread (or standard red thread or yarn) a charcoal, appropriate offerings, a piece of leather (or a bovine horn), a red piece of cloth (linen or flannel) and a glass bottle with a cork.

Process: 

  1. Enter into a magical head-space. Intend to go out on your voyage. Make your intentions known to the spirits by making appropriate offerings reminiscent of the contes and beings you will encounter. 
  2. With a receptacle in hand and a piece of leather (or a bovine horn), travel to a source of running water. If there is no river or creek nearby, use your faucet. 
  3. Use the horn or a cup with the piece of leather in it to scoop water into your receptacle. This is in honour of Le Boeuf (the Bull), who drank the water in which the Burning Ember was sacrificed in sacred time. 
  4. Bring the water back home and then use straw or the stalks of magical herbs to form a cross which will cover the opening of the receptacle. Bind this cross in place at the centre with red thread or yarn. The straw is in honour of the wheat fields which sustained the Miller’s grain and the Sow’s bran. The thread is in honour of the silk thread provided by the Sow and used by the Cobbler. 
  5. With the receptacle situated in a safe place where you can burn herbs (outside or in the bathtub), place the straw cross over the receptacle and say: “O Charbon de Feu, par le voyage de la Petite Souris, Bénis mon eau.” (O Burning Ember, by the journey of the Little Mouse, Bless my water.)
  6. Light the charcoal and place it in the centre of the cross. Then as a little ember catches and the cross burns through, place your bottle over the smoke, so that the fumes waft therein.
  7. Repeat the phrase:  “O Charbon de Feu, par le voyage de la Petite Souris, Bénis mon eau.“O Charbon de Feu, par le voyage de la Petite Souris, Bénis mon eau.” (O Burning Ember, by the journey of the Little Mouse, Bless my water.) until the ember falls into the water, having burned through the cross and thread. 
  8. Give thanks to the spirit of the Burning Ember. Remove the remnants of the cross and put aside. Then with the bovine horn, or the cup with a piece of leather, collect the water and filter through a red cloth into a bottle. Once this is done, cork it. 
  9. Take the remnants of the cross back to the river and reverently depose therein with appropriate offerings. If the water was from the faucet, bring the cross outside and depose in a natural setting with the appropriate offerings. 

Congratulations! You now have “de l’eau bénit au Charbon de Feu” (Holy water, blessed by the Burning Ember). Use it in all the ways you would for May or Easter Water, such as for healing or blessing your home and magical tools. 


Bibliographie

(1) Barbeau, C.-Marius. “Contes Populaire Canadiens. Troisième Série.” The journal of American Folklore 32, no. 123 (Jan-Mar., 1919): 110-12.

Sources

Réseau de diffusion des archives du Québec

ABBOTT, Francis A. The Body or the Soul? Religion and culture in a rural parish, Saint-Joseph-de-Beauce, 1736-1901. Thèse de doctorat en philosophie. Simon Fraser University, 2012, 307p.

DESRUISSEAUX, Pierre. (1982) Le livre des prognostics au Québec – Dictons, croyances et conjurations du temps. Éditions Hurtubise HMH. Montréal. 246 p.

DORAIS, L. (1966). La vie traditionnelle sur la côte de Beaupré, au début du XXe siècle. Revue d’histoire de l’Amérique française, 19 (4), 535–550.

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