La chasse-gallerie

La chasse-gallerie est une des légendes les plus connues du Canada français. Rapidement, elle raconte comment on peut monter dans un canot, dire certains mots magiques et le canot s’envole pour nous amener là où on veut aller. Il existe bien sûr des conditions à respecter, dans la plupart des versions l’on doit ne pas prononcer le nom du Seigneur, ce qui inclut les sacres, ne pas porter d’amulettes catholiques comme un scapulaire ou des médailles et ne pas accrocher le sommet des églises. Aussi l’aller-retour dans les airs doit s’effectuer à l’intérieur d’une nuit. Vous avez bien compris, à la lumière de toutes ces restrictions, que ce n’est pas le canot qui a le pouvoir de voler, mais que c’est le Diable (Yâbe) qui s’en charge. À défaut de respecter ces conditions, les âmes des voyageurs seraient damnées.

On a longtemps cru que la chasse-gallerie était la version canadienne de la “wild hunt”, directement importée du Poitous ou de la Charentes, en France.  Une chanson fait état d’un seigneur Gallery qui aurait été condamné à mener une grande chasse endiablée après avoir aussi chasser un dimanche, Des colons auraient amener cette histoire ici et y aurait adapter le canot. Cependant, nous savons maintenant que cette belle chanson “archaïque” où l’on récitait le sort du pauvre seigneur Gallery, était une supercherie (1). Cependant Jean-Loïc Lequellec fait une démonstration intéressante quant à l’origine française de cette légende et son lien avec la “wild hunt” sans passer par le seigneur Gallery (2). 

Il existe plusieurs récit où on entendait des chiens japper et des bruits de chaînes provenant des airs, ce qui parallèle bien les versions françaises de ces chasses endiablées (3)(4). Selon Roy “[…] à côté de ceux qui croient que le canot dans les airs ne promène que les vivants peu soucieux de l’avenir de leur âmes, nous avons relevé autant de cas où l’on imputait aux damnés ces charivaris nocturnes ». 

Nous retrouvons même des histoires où les deux se mélangent, par exemple un homme voit dans le même bateau volant une de ses connaissances ainsi qu’un autre homme qui était décédé la journée même. Ce dernier avait un chien noir entre les jambes. Lorsque l’homme interpella son ami pour lui demander ce qu’il faisait là, il lui a tout bonnement donné sa destination, un village un peu plus loin. Quant à l’homme décédé, il ne répondit pas, mais on imagine que son âme était amenée en enfer car le chien noir n’était pas un chien ordinaire, il était bien plus gros que les autres (3). 

Les canots n’étaient pas le seul moyen de voler, on recense des chars et des chevaux entre autres, mais c’était de loin le plus commun. La première apparition rapportée d’un canot volant remonte à 1661 où un missionnaire Jésuite nous raconte que des canots volants enflammés auraient été vus voltigeant au-dessus de Québec (5). Depuis, les histoires se sont multipliées et, après la publication de la populaire version d’Honoré-Beaugrand, elles sont parmi celles que les chercheurs préféraient enregistrer. En plus du typique récit de voyage, on retrouve des récit de gens qui ont entendu la Chasse-gallerie passée, certains même qui se sont fait touché par elle (par chance l’homme eu juste le temps de dire “ah mon Dieu” avant d’être touché et il fut ainsi épargné). 

Il existe aussi des histoires de canots passant dans les airs, plein de gens qui chantent. On entend les coups d’avirons et les chansons s’accordent avec les manœuvres des avirons. Ces manifestations, contrairement aux histoires de chasses qui se passent généralement dans le temps des Fêtes, sont repérées surtout pendant le temps des sucres, qui a lieu en ce moment (mi-mars à la fin avril). À Courir le loup-garou, nous croyons que ces canots sont remplis des âmes de ceux qui n’ont pas réussi à finir leur voyage en respectant les conditions du Diable. Un de ceux qui errent dans les airs depuis des dizaines d’années est le fameux Baptiste d’Honoré Beaugrand. Nous l’avons convoqué il y a quelques années et la semaine prochaine nous vous ferons part du rituel que nous avons utilisé pour ce faire. 


The Chasse-gallerie is one of the most famous legends of French Canada. Briefly, it tells how one can get into a canoe, say a few magic words and the canoe flies away to take you where you wish to go. There are of course some conditions that must be adhered to, in most versions one must not pronounce the name of the Lord, which includes the sacraments, not wear Catholic amulets such as a scapulary or medals and not touch a church’s steeple. Also, the round trip in the air must be done within one night. You have clearly understood, in light of all these restrictions, that it is not the canoe that has the power to fly, but that it is the Devil (Yâbe) who does so. If these conditions were not respected, the souls of the travellers would be damned.

For a long time, it was believed that the « Chasse-gallerie » was the Canadian version of the « wild hunt », directly imported from Poitous or Charentes, in France.  A song tells of a lord name Gallery who was condemned to lead a great wild hunt after also hunting on a Sunday. Settlers would have brought this story here and adapted the canoe. However, we now know that this beautiful « archaic » song in which the fate of the poor Lord Gallery was recited, was a bit of fakelore (1). However, Jean-Loïc Lequellec makes an interesting demonstration as to the French origin of this legend and its link with the « wild hunt » without going through the lord Gallery (2).

There are several accounts where dogs were heard barking and chains were heard coming from the air, which parallels the French versions of these wild hunts (3)(4). According to Roy « […] besides those who believe that the flying canoe  only carries the living, who are not concerned about the fate of their souls, we have found as many cases where the damned were blamed for these nocturnal carnivals.”

We even find stories where the two are mixed, for example a man sees in the same flying canoe one of his acquaintances and another man who had died the same day. The latter had a black dog between his legs. When the man called his friend to ask him what he was doing there, he simply told him his destination, a village a little further away. As for the deceased man, he did not answer, but one imagines that his soul was taken to hell because the black dog was no ordinary dog, it was much bigger than the others (3).

Canoes were not the only means of flight, chariots and horses are recorded among others, but it was by far the most common. The first reported sighting of a flying canoe dates back to 1661 when a Jesuit missionary tells us that flaming flying canoes were seen hovering over Quebec (5). Since then, the stories have multiplied and, after the publication of Honoré-Beaugrand’s popular version, they are among those that researchers preferred to record. In addition to the typical travelogue, there are stories of people who heard the Chasse-gallerie pass by, some of whom were even struck by it (luckily the man had just enough time to say « ah my God  » before being hit and was thus spared).

There are also stories of canoes passing through the air, filled with singing people. You can hear the strokes of the oars, and the songs go along with the manoeuvring of those oars. These events, unlike the hunting stories that usually take place during the holiday season, are most often spotted during the sugaring season, which takes place right now (mid-March to late April). At Courir le loup-garou, we believe that these canoes are filled with the souls of those who have failed to finish their journey on the Devil’s terms. One such soul who has been wandering the air for decades is Honoré Beaugrand’s famous Baptiste. We summoned him a few years ago and next week we will share with you the ritual we used to do so. 


Bibliographie

(1)BRETHÉ, Émile : Une supercherie littéraire : la chanson de la Chasse Gallery dans LE QUELLEC, Jean-Loïc, «La chasse-galerie du Poitou à l’Acadie», Iris, Centre de recherches sur l’imaginaire, Université de Grenoble 3, 18, pp. 125-146. 

(2)LE QUELLEC, Jean-Loïc, «La chasse-galerie du Poitou à l’Acadie», Iris, Centre de recherches sur l’imaginaire, Université de Grenoble 3, 18, pp. 125-146

(3)BARBEAU, Marius. Anecdotes Populaires du Canada. Première Série. The Journal of American Folklore, Vol. 33, No. 129 (Jul. – Sep., 1920), pp. 180

(4)ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p

(5)SÉGUIN, Robert-Lionel. La sorcellerie au Canada Français du XVII et XIX siècle. 1 ière

édition. Montréal : Librairie Ducharme, 1961, 191 p.

Pour aller plus loin / To go further

LE QUELLEC, Jean-Loïc, «La chasse-galerie du Poitou à l’Acadie», Iris, Centre de recherches sur l’imaginaire, Université de Grenoble 3, 18, pp. 125-146 (en pdf)

Version originale de la Chasse gallerie d’Honoré Beaugrand

English translation of Honoré Beaugrand’s Chasse-gallerie

Online exhibition / Exposition en ligne

Court métrage sur la version de la Chasse-gallerie d’Honoré Beaugrand 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :