La Toussaint

English and sources below

La Toussaint (1er novembre) et le jour des Morts (2 novembre) étaient un moment important dans la vie des Franco-canadiens, ce qui est mis en évidence par le fait que ces journées étaient chômées. Les traditions pour ces journées étaient plutôt uniformes, car ces deux journées étaient sous un contrôle plus serré de l’Église. Cependant, quelques traditions plus en marge de la société seront énumérées à la fin de cet article.


Certaines coutumes semblent être associées à la Toussaint ou au jour des Morts interchangeablement. Par exemple, on disait que si on travaillait aux champs à la Toussaint les sillons allaient saigner. Cependant, on trouve d’autres sources où ce serait plutôt le jour des Morts où l’on pouvait assister à ce phénomène. Aussi, bien que le 1er novembre devrait être dédié aux saints, il est évident que ces deux jours tournent autour des morts et des ancêtres. Il semble que ces deux jours étaient plus soudés qu’intendait l’Église catholique.

À la Toussaint, après la messe, on se rendait au cimetière prier pour les morts puis dans la famille. C’était une affaire sobre, emplie de piété et de recueillement. On croyait que les morts revenaient sur le Terre durant la nuit du premier au deux novembre, visitant même les maisons qu’ils avaient habitées. On évitait donc de sortir cette nuit-là, laissant toute la place aux morts qui se promenaient. Ceux qui dérogeait à cette atmosphère sobre et sortaient « voir leurs blondes » étaient vus d’un mauvais œil.

Le jour des Morts, après la messe, on prenait part à la criée des âmes. C’était une vente de produit de la terre dont les recettes étaient remises à l’église afin de faire dire des messes pour les défunts. Il y a deux points importants ici, la révérence et le respect pour les morts ne se limitait pas à ces deux jours en particulier, mais était un processus continu et aussi l’incarnation de la notion de sacrifice. On se privait de certains biens ou de l’argent qui pouvaient découler de leur vente afin de procurer à nos morts les services dont ils avaient besoin de l’autre côté.

Dans la mesure du possible, j’essaie de rendre visite à ma famille décédée le 1er ou le 2 novembre. Je leur amène leur nourriture et boisson préférées ou que l’on partageait. Je fais un peu de ménage autour de leurs tombes ou je les décore si je le peux. Je leur parle, je passe du temps avec eux. Si je ne peux pas me rendre, je laisse mes offrandes sur mon autel le soir du 1er au moment où je finis ma neuvaine.

Je profite aussi du moment pour faire un sacrifice de temps, d’argent ou de ressources. Une manière d’honorer la mémoire d’une personne décédée est de se souvenir de son trait de personnalité qui nous a le plus marqués, ce qui a fait que cette personne était elle, et incarner cette qualité dans notre quotidien. Ainsi, à chaque action que l’on pose, l’être cher revit. Le jour des Morts me semble un moment indiqué pour faire un effort supplémentaire : soutenir une cause qui lui tenait à coeur, prendre des nouvelles des personnes les plus affectées par leur mort, travailler sur un projet commun…

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Traditions et folklores reliés à la Toussaint

On a dit plus haut que la terre saignait si on la travaillait le jour de la Toussaint (ou des Morts), mais il existe des variantes à cette histoire. Par exemple, les champs pouvaient être plutôt envahis par des souris ou encore le Diable pouvait se présenter pour aider le contrevenant, mais il finissait par l’amener en enfer avec lui.

On a aussi dit que les gens qui allaient faire la fête plutôt que de se recueillir le soir de la Toussaint étaient regardés d’un mauvais œil. Ils couraient aussi la chance de se faire poursuivre par des loups-garous. S’ils arrivaient à rentrer chez eux, c’était très tard et épuisé. Ils pouvaient rester cloués au lit pendant une semaine pour se remettre de leurs émotions.

On raconte aussi que le soir des Morts, il était possible de voir de petites lueurs au ras le sol, là où un trésor était caché. Bonne chasse!


Toussaint [IPA: tu.sɛ̃.] (All Saints’) and the jour des Morts [IPA: jor.dɛ.mɔr.] (Day of the Dead) was an important time in the lives of French Canadians, which is evinced by the fact that these days were considered statutory holidays. The traditions held on these days were rather uniform, since they were both under the tight control of the Church. However, some customs which were more on the fringes of society will be listed at the conclusion of this writing. 

Some of the customs associated with Toussaint and the jour des Morts appear to be interchangeable. For example, it is said that if one works the fields on Toussaint the furrows would bleed. Yet, we see other sources where this phenomenon is said to take place on the jour des Morts.

Although the 1st of November was dedicated to the saints, it is quite evident that these days revolved around the dead and the ancestors. It would seem that these days were more tightly bound together than even the Catholic Church intended them to be. 

At Toussaint, after mass, people would make their way to the cemetery to pray for the family’s dead. This was a sombre affair, replete with piety and contemplation. It was believed that the dead returned to Earth from the first to the second of November, visiting the houses in which they once lived. As such, people avoided going out on that night, leaving ample space for the roaming dead. Those who disregarded this sombre atmosphere, to go see their “blondes”  [IPA: blɔ̃d.] (girlfriends) were not well looked upon.

On the jour des Morts, after mass, people took part in the criée des âmes  [IPA: cri.e.dɛ.ɑm.] (souls’ auction). This was an auction where produce and livestock were sold and all proceeds went to the church in a bid to have masses delivered for the dead. There are two important points to be made here, namely that  reverence and respect for the dead was not limited to these two days alone, rather this was a continuous process and an embodiment of the notion of sacrifice. We would deprive ourselves of certain goods or money which would result from the auction in an effort to procure certain services for the dead on the other side

When at all feasible, I try to pay a visit to my dead relatives on the 1st or 2nd of November. I bring them their favorite food or drink or that which we used to share. I do a bit of housekeeping around their tombstones and if I can, adorn them. I speak to them, I spend time with them. If I can’t make it, I leave my offerings on my altar the night of the 1st where I have finished my Neuvaine [IPA: nœ.vɛn.].

I also take this opportunity to offer my time, money and resources. One way of honouring the memory of the dead is to remember the traits of their personality which have left the deepest impression upon us, which made them who they were and embody those qualities in our daily life. Thus, each thing we so do, brings life to the dearly departed. The jour des Morts is to me an opportunity to go that extra mile: that is to support a cause which was dear to them, get in touch with someone who was gravely affected by their loss or to work on a common project… 

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Traditions and folklore related to Toussaint

As was said above, the earth would bleed if it was worked on Toussiant (or the jour des Morts), but other variations of this folklore were known as well. Such as, the fields could be overtaken by mice or even the Devil could make an appearance and assist the contravener in their work, but in the end they would be whisked off to hell along with him.   

It was also said that those who would go out and celebrate rather than stay in and contemplate on Toussaint, were frowned upon. They also risked being pursued by the loup-garou  [IPA: lu.ga.ru.] (French Canadian were-being). In such a case, if they made it home, it was by then very late and they would be exhausted. They could then remain bedridden for up to a week until their emotional state returned to normal. 

It was said that on the Night of the Dead, one could see a shimmer on the ground where one could find hidden treasure. Happy hunting!


Sources
Le trésor caché de la Chunée in BARBEAU, Marius. Anecdotes Populaires du Canada. Première Série. The Journal of American Folklore, Vol. 33, No. 129 (Jul. – Sep., 1920), pp. 180

DESRUISSEAUX, Pierre. (1982) Le livre des prognostics au Québec – Dictons, croyances et conjurations du temps. Éditions Hurtubise HMH. Montréal. 246 p.

DOYON, Madeleine. Rites de la mort, dans la Beauce. The Journal of American Folklore, Vol. 67, No. 264, Canadian Number (Apr. – Jun., 1954), pp. 137-146

DUPONT, Jean-Claude. (1977) Héritage d’Acadie. Éditions Leméac. Ottawa. 376 p.

DUPONT, Jean-Claude. (1987) Légendes des villages. Québec. 66 p.

Le réseau de diffusion des archives du Québec – Coutumes et culture

MARTEL, Claude in Un brin d’histoire. Journal la revue, 24 octobre 2014

La Neuvaine

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Chez les Canadiens français, la Toussaint et la fête des Morts revêtaient une importance aussi religieuse que culturelle. L’énergie et le symbolisme qui entoure ces journées sont similaires à celles de Samhain, mais ont leurs propres saveurs. Ces journées étaient assez importantes pour qu’elles soient fériées. 

Il y a quelques années, Erik et moi avons commencé une tradition pour honorer nos ancêtres en arrimant les croyances et coutumes autour de la Toussaint (article à venir, j’ai pris du retard) avec un autre essentiel du catholicisme: la neuvaine. La neuvaine est une “série de prières ou d’exercices de piété répétés pendant neuf jours consécutifs dans le but d’honorer un saint ou d’obtenir une grâce”1 et nous avons substitué nos ancêtres aux saints.

Le concept est simple: créer une prière qui sera dite à chaque jour à partir du 24 octobre et culminant le 1er novembre.  Dans notre cas, nous avons choisi une formule où nous avons créé une strophe de quatre vers différente pour chaque jour. La prière finale a donc 9 strophes de quatre vers. Nous réutilisons la même prière chaque année avec quelques modifications pour refléter les événements de l’année ou un/des changement(s) dans notre relation avec nos ancêtres. La création de cette prière a été plus éprouvante que prévu. Environ à mi-chemin, nous avions l’impression d’avoir dit tout ce que nous avions à dire, c’est alors que le vrai travail a commencé. C’est à ce moment où nous avons dû creusé pour tirer l’essence de notre relation avec notre lignée ancestrale et être honnête avec nos aspirations et nos limites dans cette même relation. Il n’y a jamais rien de simple avec la spiritualité.

C’est l’approche que nous recommandons pour aller à la source des choses, mais il est possible de créer une prière plus courte qui sera récitée chaque jour de la neuvaine. Dans ce cas, nous recommandons de créer une nouvelle prière de toute pièce chaque année pour refléter ce qui a été appris pendant l’année sous la guidance des ancêtres.

Le rituel accompagnant cette prière est tout simple.

-Créer un autel/espace spécifique à vos ancêtres. Si vous avez déjà un espace dédié à votre spiritualité, aménager un coin pour vos ancêtres. Vous pouvez utiliser des photos, des symboles de la mort appropriés pour votre culture et/ou celle de vos ancêtres, des couleurs qui vous rappellent la mort et la vie. Chez les catholiques, le symbole de la gerbe de blé était souvent utilisé sur les pierres tombales pour signifier la vie qui continue après la mort.

-Choisissez une chandelle suffisamment grosse pour brûler quelques heures par jour pendant 9 jours. J’utilise un lampion dans un contenant en verre depuis quelques années. J’écris ma prière sur le contenant de verre avec un Sharpie et au bout de neuf jours, je l’efface avec de l’alcool à friction pour réutiliser la chandelle l’année suivante.  

-Choisissez la méthode de création de prières de votre choix en vous rappelant que la neuvaine commence le 24 octobre.

-Chaque soir, ou au moment choisi, installez-vous devant l’espace que vous avez aménagé pour vos ancêtres, prenez un moment pour les rejoindre, énoncez votre prière et allumez la chandelle. Vous pouvez aussi laisser d’autres offrandes si vous le désirez.

-Laissez brûler la chandelle jusqu’à l’heure de votre coucher ou de votre départ puis éteignez là. Ne laissez jamais une chandelle brûler sans surveillance.

-Recommencez chaque jour jusqu’au 1er novembre.

Il est important de maintenir cette relation toute l’année par différents moyens de dévotions, comme les offrandes, ou simplement en communiquant régulièrement avec nos ancêtres. Personnellement, je sers une tasse de café à mes ancêtres tous les dimanches et je leur compte ce qui se passe dans ma vie, j’écoute leurs conseils et leurs besoins.
1https://eglise.catholique.fr/glossaire/neuvaine/


The Neuvaine

Among French Canadians, Toussaint [IPA: tu.sɛ̃.] (All Saints’) and the fête des Morts [IPA: feɪt.dɛ.mɔr.] (All Souls Day) are as much religiously important as they are culturally. The energy and symbolism which gravitate around those days are similar to that of Samhain, but have their own unique flavour. These days were likewise important enough to have become statutory holidays. 

A few years ago, Erik and I began a tradition for honouring our ancestors by affixing the customs and beliefs of Toussaint (article to come, I’ve been a little behind) with another essentially Catholic custom: the Neuvaine [IPA: nœ.vɛn.]. The Neuvaine is “a series of prayers or acts of piety repeated over nine consecutive days in a bid to honour a saint or obtain grace”1 (Erik Lacharity translation from original), where we have substituted our ancestors for the saints. 

The concept is rather simple: create a prayer which will be recited each day beginning on the 24th of October, ending on the 1st of November. In our case, we chose a formula where we composed a verse of four different lines for each day. The final prayer is 9 verse long but only one verse per day is recited. We reuse the same prayer each year with slight modifications to reflect the year’s events or to highlight some changes in the relationship between us and our ancestors. The composing of this prayer was far more challenging than we had anticipated. When we were halfway through, we got the feeling that we had said all there was to say, which is when the hard work actually began. It was at this time that we had to dig deep to really draw out the minutiae of our relationship with the ancestors and to be most honest with our hopes and limitations concerning that relationship. There is never anything easy when it comes to  spirituality.   

This is the approach we recommend to get down to the root of the matter, however it is possible to craft a shorter prayer for recitation throughout the Neuvaine.In that case, we recommend the creation of a new prayer – whole cloth – each year to reflect lessons learned throughout the year under the guidance of the ancestors. 

The ritual which follows the prayer is a simple one.

-Create an altar/space specifically to your ancestors. If you already have a space dedicated to your spirituality, make space for the ancestors thereupon. You may use pictures, certain death motifs which are appropriate to the culture of your ancestors as well as colours which evoke a sense of life and death. In Catholicsm one such symbol was the sheaf of wheat which was oftentimes a motif carved on tombstones to signify the continuation of life after death. 

-Chose a candle which is large enough to be lit for a few hours each day during the 9 days. I have a votive candle in a glass holder I’ve been using for years. I write out my prayer on the glass with a Sharpie which I then clean off with rubbing alcohol so as to reuse it the following year. 

-Choose your method of prayer crafting – long or short – but remember that it must begin on October 24th.

-Each night, at the hour of your choosing, place yourself before the space reserved for your ancestors, take a moment to join them, recite your prayer and light the candle. You may also leave other offerings to them if you so desire. 

-Leave the candle burn until you retire to bed or leave the home, then extinguish it. Never leave a candle burning unattended.

-Repeat these actions until November 1st.

It is important to maintain this relationship throughout the year through various means, such as offerings or by simple regular communication with your ancestors. Personally, I offer a cup of coffee to my ancestors every Sunday and I recount to them any news concerning my life and I listen to their counsel as well as their needs. 

1https://eglise.catholique.fr/glossaire/neuvaine/

Un peu de vocabulaire

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Les Malices 

“Malices” est le nom que nous, à Courir le loup garou, avons choisi pour catégoriser les êtres folkloriques avec lesquels les Canadiens interagissaient, pour les distingués des créatures magiques trouvées dans les contes.  Cette catégorie contient, mais n’est pas limitée à, les feux follets, les loups-garous, les marionnettes et le Yâbe

Ce terme a été trouvé dans le Dictionnaire des croyances et superstitions de Pierre DesRuisseaux. L’entrée se lit comme suit “Nom donné aux malfaisances des démons. On appelle histoire de malices les légendes fantastiques relatant les aventures de ces personnages redoutés de la mythologie populaire”1. Nous avons étendus l’utilisation de ce mot pour en faire un titre plutôt que de le limiter à une description de actions de ces êtres. 

Contes vs anecdotes

Les contes sont les récits des conteurs. Ils puisent leur inspirations dans les contes de fées.  On y retrouve les contes-type définis par la classification Aarne-Thompson. Plusieurs personnages s’y retrouvant n’ont pas de parallèles dans les anecdotes, comme par exemple les Aigles. Ils peuvent aussi jouer un rôle plus important dans les contes que dans le quotidien des habitants, comme les fées, qui sont presque inexistantes dans le folklore. Certains, comme le cheval blanc, semblent être sortis des contes pour s’incarner dans le folklore et se retrouvent aussi dans bon nombre d’anecdotes.  Ce sont les contes qui nous ont fournis la carte nécessaire pour faire un voyage spirituel dans le folklore et le monde de nos ancêtres.

Les anecdotes sont le récits d’aventures qui peuvent être retracées à une personne ayant réellement vécu (ça m’est arrivé/c’est arrivé à ma soeur/à un tel/au fils d’un tel…). Ce sont les récits qui nous démontrent quels Malices peuplaient le paysage de nos ancêtres et nous explique comment les déjouer. 

Marius Barbeau l’explique beaucoup plus clairement que je ne pourrais le faire “Les anecdotes populaires sont des récits oraux de composition inédite et récente ayant trait à des péripéties tantôt réelles, tantôt imaginaires, de la vie domestique. Se rapportant à des notions, à des croyances, à des institutions, à des coutumes ou des moeurs qui tombent en désuétude, elles prennent la forme de réminiscences personnelles ou de souvenirs communiqués et transmis. Elles sont d’ordinaire réputées véridiques dans le milieu où elles ont pris naissance. Radicalement différentes des contes populaires, qui sont la fiction anonyme d’époques révolues, les anecdotes se rapprochent de notre temps, tout en s’inspirant de sujets et de thèmes fort anciens. Elles sont, en quelque sorte, la petite histoire des événements de chaque jour ou la chronique obscure qui n’a pour dépositaire que la mémoire des foules ou le verbe des illettrés. Pour cette raison, elles reflètent

davantage la mentalité, le langage ou la tradition indigènes. Les récits anecdotiques sont multiples et variés, comme ils reflètent toutes les phases de l’existence. Ceux que nous avons déjà recueillis au Canada se groupent en deux catégories assez distinctes, suivant qu’ils s’inspirent (1) des croyances héréditaires ou (2) des moeurs contemporaines.”2

1 DESRUISSEAUX, Pierre. (1989) Dictionnaire des croyances et des superstitions. Éditions Triptyque. Montréal. 227 p.

2 BARBEAU, Marius, George MERCURE, Jules TREMBLAY et J.-E.-A. CLOUTIER. « Anecdotes populaires du Canada », première série, The Journal of the American Folk-Lore, vol. XXXIII, no. 129, (July-Sept 1920), p. 173 – 297.


A bit of vocabulary

The Malices

Malices” [IPA: ma.lis] is the name that we at Courir le loup garou have chosen to categorise folkloric beings with which French Canadians interacted, so as to distinguish them from other magical creatures found in the contes [IPA: cɔ̃t] (folktales). This category contains, but is not limited to, the feux follets [IPA: fø fɔ.lɛ], the loups-garous [IPA: lu.ga.ru], the marionnettes [IPA: ma.rion.nɛt] and the Yâbe [IPA: jɑo:b] (dialect: Diable, Devil). 

This term was found in le Dictionnaire des croyances et superstitions de Pierre DesRuisseaux (Dictionary of beliefs and superstitions, by Pierre DesRuisseaux). The entry is as follows “A name given to the malfeasances of demons. We call these fantastical legends relating to the supernatural beings found in popular myths ‘stories of malices’” (Translated from original by Erik Lacharity). We have extended the use of this word for the purpose of giving a group designation to these beings rather than be limited to short descriptions of them by their actions. 

Contes vs anecdotes

Contes [IPA: cɔ̃t] are the stories recounted by the conteurs [IPA: cɔ̃tœr] (storyteller). They often take their inspiration from fairytales. In these we find tale types which are definable by their Aarne-Thompson folktale classification. Many characters found therein do not have parallels in the anecdotes  [IPA: a.nɛk.dɔt] (anecdotes), such as the Aigles  [IPA: ɛ.gl] (Eagles). Some have a more significant role in the contes than they do in the everyday life of the habitant [IPA: a.bi.tɑ̃] (French descendant inhabitant of New France) such as the fées [IPA: fe] (fae), who are almost non-existant in the folklore. Some, such as the cheval blanc [IPA: ʃəval.blɑ̃] (White Horse), have leaped out of the contes and inserted themselves in the folklore and can also be found in a number of anecdotes. It is the contes which have provided us with the necessary roadmap used in our spiritual voyages [IPA: vwa.jaʒ] (voyage) into the world of our folklore and that of our ancestors.

The anecdotes are tales of adventure which can be relayed to a historical person who once lived (this happened to me / happened to my sister / to such and such / such and such’s son…) These are the tales which speak to which Malices populated our ancestors’ world and explain to us how to safeguard against them. 

Marius Barbeau said it far clearer than I could, saying “The folk-anecdotes are oral tales of recent original composition which take on a realistic unfolding, rather than imaginary, within everyday domestic life. They harken to ideas, beliefs, institutions, customs and habits which are falling out of usage. They can take the form of personal recollections or transposed memories from one person to the other. They are usually held to be truthful accounts from the locale of in which they took shape. Radically different from the folktale, which are anonymous fictions from a bygone era, the anecdotes are temporally closer to us, all the while inspiring themselves from ancient themes and subjects. They are, in some way, a little history of the more obscure day to day chronicles of life, which are at once repositories to the collective memory of the masses and the rustic’s elocution. For this reason, they reflect the thought, language and traditions of the people. The anecdotal tales are varied and manifold, as they reflect all which could ever be said. Those which we have already collected from Canada can be grouped into two distinct categories, those inspired (1) by hereditary beliefs and those inspired (2) by contemporary habits.” (translated from original by Erik Lacharity)  

1 DESRUISSEAUX, Pierre. (1989) Dictionnaire des croyances et des superstitions. Éditions Triptyque. Montréal. 227 p.

2 BARBEAU, Marius, George MERCURE, Jules TREMBLAY et J.-E.-A. CLOUTIER. « Anecdotes populaires du Canada », première série, The Journal of the American Folk-Lore, vol. XXXIII, no. 129, (July-Sept 1920), p. 173 – 297.

Guide pratique pour la cueillette des herbes de Saint-Jean

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Il reste moins d’une semaine avant le moment de la cueillette des herbes de Saint-Jean, il est donc temps de préparer ce moment important. 

Vous pouvez vous référer à cet article sur les herbes de Saint-Jean pour une exploration plus en profondeur, mais voici les points les plus importants pour la cueillette:

  • Les herbes choisies différaient d’une région à l’autre. Elles reflétaient celles qui étaient le plus couramment utilisés.
  • La seule herbe qui semble être sur toute les listes est l’armoise commune (Artemisia vulgaris) qui porte aussi le nom d’herbe Saint-Jean. 
  • Les herbes doivent être cueillies entre minuit et le levé du soleil le matin de la Saint-Jean-Baptiste (24 juin).
  • Les herbes ne doivent pas être touchées par le soleil durant les 24h suivant leur cueillette.
  • Les herbes conservent leur puissance pendant 1 an. 

Pour se préparer à la cueillette des herbes, il est idéal de les repérer à l’avance. Le nombre d’heures disponibles pour la cueillette est limitée et il est préférable de ne pas perdre de temps à les chercher. De plus, si vous êtes comme moi et que l’identification des plantes comporte encore des défis en plein jour, je vous assure que c’est 1000 fois plus difficile en pleine nuit! Bien identifier les plantes qui entourent celles que vous voulez cueillir est aussi très important (allo herbe à puce).  

En fin de semaine, prenez un peu de temps pour aller vous promener et repérer les plantes. N’hésitez pas à entrer les coordonnées GPS dans votre téléphone et assurez-vous que l’endroit de la cueillette sera légalement accessible en pleine nuit. 

Privilégiez les plantes qui sont loin des routes et évitez complètement la bordure des autoroutes. 

Prévoyez un endroit pour cacher vos plantes de la lumière du soleil et un endroit pour les faire sécher. Si vous voulez travailler avec les herbes fraîches, rapeller vous qu’elles auront déjà vieillies 24h ou que vous devrez travailler dans une pièce sans fenêtre. 

N’oubliez pas de prendre en note l’heure du levé du soleil le matin du 24 juin pour vous assurer d’avoir assez de temps pour votre cueillette. 

S’il vous reste des herbes de l’an passé, prévoyez un endroit ou un moyen d’en disposer. 

Si la cueillette d’herbes sauvages est impossible ou si les herbes qui vous entourent ne conviennent/suffisent pas à vos besoins, les herbes en pot font parfaitement l’affaire, celles de vos plates-bandes aussi.

Bonne récolte!

Puit symbolique dans lequel se trouve de l’armoise cueilli à la Saint-Jean en 2019

Practical guide for harvesting St-Jean’s herbs

There is less than a week to go before it is time to harvest St-Jean’s herbs, thus it is important to get ready for this important occasion. 

You may refer to this article on St-Jean’s herbs for a deeper exploration of the topic, but here are the most salient points:

  • The selected herbs differed from region to region and reflected those which were commonly used.
  • The only herb which seems to be on all the varied lists is mugwort (Artemisia vulgaris), which also carries the moniker of St-Jean’s herb.
  • The herbs must be harvested between the hour of midnight and sunrise on St-Jean-Baptiste day (June 24th). 
  • The herbs must not have been touched by sunlight for the 24hrs following their harvesting.
  • The herbs only retain their power for 1 year.

In order to get ready to harvest the herbs, it is best to go and locate them beforehand. The number of hours available to harvest are limited and it is preferable to not waste too much time to locate them.  What is more, if you are anything like me, identifying plants is a challenge even in broad daylight… I assure you that it is 1000 times more difficult in the middle of the night! Properly identifying plants which are in the vicinity of the herbs you wish to harvest is also very important (poison ivy, hello!).

This weekend, take a bit of time to go out and do a preliminary scouting for your herbs. Do not hesitate to put the coordinates in your phone’s GPS and ensure that your harvesting spot is legally accessible at night.

Prioritize those herbs furthest away on your route and avoid the edges of highways altogether. 

Have a space ready to secret away your herbs from the light of the sun and a space for drying them. If you want to use dried herbs in your work, remember that they must be at least 24hrs old or the work must be done in a windowless room.

Remember to take note of the time for sunrise on the 24th of June, to ensure that you will have enough time to do your harvesting.

If you have herbs left over from the previous year, think of an area where you may dispose of them. 

If harvesting fresh wild herbs is impossible or if the herbs in your surrounding will not meet your needs, potted herbs can do just as well, as well as those in your planters. 

Happy harvesting!

Symbolic well with mugwort harvested at Saint-Jean in 2019

Le Voyage : Un pèlerinage de sorcier

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Les Canadiens français ont toujours été d’ardents voyageurs. Les premiers colons français ont quitté leur terre natale pour les côtes lointaines de l’Amérique du Nord. À partir de ce moment, ils ont eu à rencontrer de nouvelles personnes, que ce soit d’autres colons ou des membres des Premières Nations. Ils partageaient de nombreuses similitudes avec les autres colons venus des six coins de l’hexagone français, mais aussi plusieurs différences. Quant à leurs relations avec les Premières Nations, ponctuées de guerres et parfois d’amitiés, les colons français avaient peu en commun. Cependant, il était clair pour eux qu’ils devaient apprendre à s’adapter à leur nouvel environnement et à travailler les uns avec les autres pour mieux survivre.

 

La Nouvelle-France était un endroit merveilleux, magnifique et dangereux. Plusieurs colons se sont établis près des centres urbains naissants, mais la plupart d’entre eux ont continué à repousser les limites de la nature sauvage. Plusieurs ont rejoint les rangs des voyageurs, des marchands de fourrure, des coureurs des bois ou des hommes du nord*, poussés par la demande en fourrure de l’Europe. Des siècles plus tard, même au 20e siècle, il était encore commun pour les habitants de quitter leurs foyers et d’aller trouver du travail sur les chantiers où ils étaient forcés de vivre entassés les uns sur les autres pendant tout l’hiver puis de risquer leurs membres lors de la drave au printemps**. Le travail des Canadiens français était souvent dangereux, spécialement après le Traité de Paris, quand les colonies de la Nouvelle-France ont été cédées à la Grande-Bretagne.

Cet esprit voyageur, presque itinérant, trouvait écho dans les contes, racontés par de nombreux conteurs locaux. Dans ces histoires merveilleuses, on trouve souvent un héros éponyme, généralement Ti-Jean, qui quitte le confort de la maison de ses parents pour aller chercher sa fortune dans des pays lointains. Dans ces contes, qui sont séparés en étape de voyage, le héros rencontre des créatures fantastiques, des fées et des monstres, certains lui offrant de l’aide et d’autres lui mettant des bâtons dans les roues. À la fin du voyage au travers des mondes enchantés, Ti-Jean est souvent récompensé par des richesses, l’amour et la renommée***.

 

Lorsque comparé aux traditions spirito-engagées du monde, on commence à détecter dans les contes tels que rapportés par les conteurs des similarités frappantes. Ces similitudes pourraient provenir de la relation intime entre le conte et le théâtre sacré depuis des temps immémoriaux. Comme le chaman, le conteur Canadien français s’enveloppait dans le tissu de leurs contes. Pour rendre crédible une histoire incroyable, les conteurs pouvaient terminer leurs contes par une courte phrase attestant qu’ils avaient vu les événements de leur récit et qu’ils avaient été envoyés par le monde pour les partager. Comme le conteur avait la capacité de modifier et de sculpter l’histoire qu’ils contaient. Ils ajoutaient à leur récit les personnages et les endroits qui parlaient à leur auditoire. À sa façon, le conteur était le capitaine d’un vaisseau fantastique dirigeant l’imagination de l’équipage, l’auditoire, au travers un monde surnaturel si loin de leur rivage habituel. Le conteur, tout comme le Baptiste de la Chasse-galerie d’Honoré Beaugrand guidant des bûcherons chez eux à bord d’un canot volant, était le navigateur des mortels dans leur voyage dans l’Au-delà****

 

Pour ceux qui voyageaient, par nécessité ou par goût de l’aventure, chaque voyage était un pèlerinage. Que ce soit pour la traite des fourrures ou pour aller travailler sur les chantiers, on partait pour l’arrière-pays comme on partait en pèlerinage pour atteindre son rêve de sécurité financière et augmenter sa renommée. En route vers le nord, on passait par plusieurs coudes de rivière dont les rives étaient parsemées de croix. On avait coutume d’arrêter à ces endroits pour offrir nos respects à ceux décédés avant nous. On pouvait demander l’assistance des saints, des esprits locaux, du Bon Dieu et même du Yâble dépendant des circonstances.

 

C’était des gens pragmatiques vivant à l’extérieur des limites familières de leur société et il arrivait qu’ils flirtent avec la damnation éternelle, aux yeux de leurs prêtres de paroisse, pour arriver à leurs buts dans un monde impitoyable. Ce monde, rempli d’esprits puissants, ne bénéficiait pas toujours de la rigueur religieuse de la société civile. Parfois, pendant un voyage, on concluait des accords avec des êtres condamnables, ou à peine tolérables, par le Catholicisme, afin de passer au travers des épreuves de la vie.

 

Connaissant ceci de l’esprit des Canadiens français et étant nous-mêmes les héritiers modernes de ce même esprit avec un intérêt pour l’ésotérisme, nous pouvons utiliser les contes traditionnels et les coutumes de voyage pour préparer nos voyages spirituels. C’est entièrement possible d’utiliser les contes comme une carte routière pour développer une tradition enracinée dans cet héritage culturel. Nous, les sorcières et sorciers canadiens-français, sommes les nouveaux Ti-Jean et Parlafines. Les rigueurs des voyages physiques des voyageurs, les mondes imaginaires fantastiques des conteurs et la sainteté des pèlerinages des pieux catholiques nous fournissent tout ce dont nous avons besoin pour faire nos propres voyages spirituels dans l’Au-delà.

 

De temps en temps, nous partagerons nos carnets de voyage avec vous dans le but que vous puissiez avoir une idée de ce qui est possible de faire avec le matériel que nous avons sous la main. Bien que la majorité des conteurs traditionnels aient disparu, notre génération peut donner un nouveau souffle de vie à la tradition en introduisant les différents personnages des contes populaires dans nos propres voyages sorciers. En présentant notre gnose expérimentale à ceux qui veulent bien nous lire, nous espérons les inspirer pour leurs propres voyages.

 

 

* https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/traite-des-fourrures 

** https://fortsdenotrehistoire.com/drave-et-camps-de-bucherons-2/

*** For more on French Canadian folktales, see Contes Populaires première séries

**** http://beq.ebooksgratuits.com/pdf/Beaugrand-legendes.pdf 


The Voyage: A sorcerer’s pilgrimage

 

The French Canadian people have always been ardent travellers. As a colonial people, the first French settlers left their homeland for the distant shores of North America. From that moment on, they had to meet new peoples, whether other colonials or indigenous peoples of this land. With their fellow colonials from the six corners of the French hexagon, they shared some similarities but also many intrinsic differences. When it came to their relationship with indigenous peoples, which was fraught with war and sometimes friendship, the early settlers held little in common. However, what was clear to them was the need to learn how to adapt to their new homeland and work together with others to best succeed.

 

New France was a wondrous, beautiful and dangerous place. Although many French began settling in the growing urban centres, the vast majority of them continued to push forward into the wild frontier. Many joined the European frenzy for North American furs, becoming voyageurs, fur traders, coureur des bois and hommes du nord*.  Centuries later, even into the 20th century, it was still common for the habitants to leave their homesteads in search of work in the distant timber shanties where they would be forced to live in close quarters throughout the harsh winter months only to risk life and limb on the log drives in the spring**. For the French Canadians work was often of a precarious nature, especially after the Treaty of Paris when the colonies of New France were turned over to Great Britain.

This traveling, if not almost itinerant, spirit was echoed in the folktales told by the many local storytellers called les conteurs. In these wondrous tales we often find an eponymous hero – usually Ti-Jean – who leaves the relative comforts of his parents’ homestead in search of fame and fortune in distant foreign lands. In these tales, which are broken up into “travelling episodes” we find the hero meeting fantastic creatures, fairies and monsters, some offering him help while others attempt to hinder his quest. By the end of his journey or voyage through an enchanted world, Ti-Jean is often rewarded for his efforts with riches, love and fame***.

 

When compared to the world’s spirit-engaged traditions, we begin to detect in the contes – as related by the conteurs – striking similarities. These similarities may stem from the close relationship shared between storytelling and sacred drama since time immemorial. Like the shaman, the French Canadian conteurs immersed themselves into the fabric of their tales. To lend a degree of credibility to the often incredible material, the conteurs would conclude their stories by making a short remark that they had witnessed the events themselves and that they were in turn sent to the audience in order to relate the recounted events as eyewitnesses. As the conteurs had the distinct ability to shape the story they were telling, they would weave into the narrative people and places which spoke to the audience they were performing for. In this way, the conteur was as though the captain of a fantastic ship – the audience, the crew – who steered their imaginations through a supernatural world beyond their humble familiar shores. The conteur, much like the famed character Baptist from Honoré Beaugrand’s rendition of La Chasse Galerie leading home-sick woodsmen home on his flying canoe, was a navigator of a mortal’s voyage into l’Au-delà****.

 

For a people who travelled so much out of necessity or a spirit of adventure, each voyage was a pilgrimage. The fur traders or woodsmen heading into the vast forests, leaving their homes and traveling through the hinterland were on a pilgrimage to fulfill their dreams of financial success and win their renown. On their way north, they would pass the many bends of violent rivers where crucifixes darted the shores. It was customary for the voyageur to make stops at these places and to pay their respects to those who died on their voyage. Saints, local spirits, the Bon Dieu and even the Yiable would be petitioned in some way to offer assistance to the traveller as circumstances and necessity dictated.

 

They were a pragmatic people living beyond the familiar bonds of their orthodox society who would flirt with eternal damnation – in the eyes of the parish priests – to win their lot in an unforgiving world. This world, filled with powerful spirits did not always benefit from the religious rigours of civil society, at times on one’s voyage deals were struck with beings considered anathema to Catholicism (or barely tolerated) in order to get through life’s hardships.

 

Knowing this of the French Canadian spirit, we as modern inheritors of that same spirit, with an interest in the arcane, can use the folktales and voyaging customs of the past to inform our own well needed spiritual voyages. It is fully within our capability to use the old tales as a roadmap to develop a spirit-engaged tradition entirely crafted from this cultural legacy. We, the French Canadian sorcerers, are the new Ti-Jeans and Parlafines of our modern age. Thus, the physically treacherous voyages of the elder voyageurs, the fantastically imaginative world of the conteurs and the saintly pilgrimages of the devout colonial Catholics provide the French Canadian sorcerer everything required to make our own powerful spiritual voyages into l’Au-delà.

 

From time to time, we here at Courir le loup-garou, will share with you our own voyages travel logs so that you may witness what is possible with the material we have at hand. Although most of the old conteurs are now long and gone, our generation can reinvigorate the tradition by weaving together the various characters of the manifold contes populaires  into our own sorcerous journeys and present our experiential gnosis to the readership to serve as inspiration in your own personal voyages.

 

* https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/traite-des-fourrures 

** https://fortsdenotrehistoire.com/drave-et-camps-de-bucherons-2/

*** For more on French Canadian folktales, see Contes Populaires première séries by Marius Barbeau

**** http://beq.ebooksgratuits.com/pdf/Beaugrand-legendes.pdf 

 

Traditions de mai

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Avertissement: L’information qui suit est pour usage dans une pratique magique et ne devrait pas être utilisé comme un substitut aux traitements médicaux. 

 

Il existe quelques traditions au mois de mai. Il n’y a pas de fêtes religieuse au mois de mai, ce qui implique que les traditions se rattachant à ce mois sont plus rares que celles se rattachant à Pâques, par exemple.

 

Il est clair que le thème général de la magie de mai est l’abondance. C’était le mois des semences et il existe plusieurs recommandations par rapport à celles-ci. Par exemple, on apprend que qu’il “ne faut pas semer les concombre et les cornichons avant la lune de mai ni par un vent nordet (nord-est)” ou encore que les pois doivent être semer après le 27 mai, pendant un jour impair, sous peine qu’ils soient durs et difficile à cuire.

 

Le rituel de plantation commençait un peu après Pâques, au Rogations, alors qu’on bénissait les premières graines à être plantées et que l’on faisait une procession pour bénir les champs. Pour entretenir la bénédiction, les familles allaient chaque soir sous la croix de chemin chanter des cantiques et réciter des prières. Il serait donc indiqué de choisir et de réciter une prière de notre choix à chaque soir pour assurer la prospérité de notre ménage.  Si vous avez accès à une croix de chemin ou même à un carrefour tranquille, c’est encore mieux.

 

La température du mois de mai était aussi une indication pour le degré de succès de la récolte, on disait que si le mois de mai était très ensoleillé, on aurait un été très chaud et les récoltes seraient mauvaises.

 

Une coutume très répandue était de prêter ou d’emprunter un objet le 1ier mai. Ceci empêchait le beurre de tourner pendant toute l’année. De nos jours, on peut continuer cette tradition en lui superposant une signification plus moderne comme d’empêcher que les aliments ne se gâtent avant que l’on ait le temps de les consommer.

 

Si vous avez la chance de vivre près de la mer et que l’eau qui se trouve près de chez vous est consommable, une gorgée d’eau de mer le matin du premier mai protége de toute les maladies.

 

Le mois de mai était un mois où l’on pouvait récolter une eau sacrée, dans la même catégorie que l’eau de Pâques ou l’eau bénite. Il existe plusieurs variantes que j’exposerai ici en ordre de puissance:

 

  • L’eau de la première pluie de mai: à le pouvoir de guérir les maux d’yeux, parfois aussi les maux d’oreille.
  • L’eau de la première neige de mai: à la pouvoir de tout guérir. Certaines sources limite son pouvoir à guérir les maux d’yeux et d’oreilles.
  • L’eau de la pluie du premier mai: procure un teint frais toute l’année et protège contre le mauvais sort. Si on l’applique sur les animaux, on les protègent des insectes. Certaines sources lui donnent la propriété de guérir toutes les maladies.

 

L’eau bénite est un ingrédient important dans la pratique magique des Canadiens français. Son obtention a été une source de discussion entre Erik et moi. Évidemment, on peut se rendre à l’église pour s’en procurer, mais honnêtement… je ne veux pas dépendre de ça et si je peux l’éviter complètement, c’est ce que je vais faire. La collecte de l’eau de mai est une manière simple et efficace de s’en procurer. Elle est incorruptible, comme l’eau bénite “officielle” et à une utilisation similaire en magie folklorique, ce qui en fait un substitut parfaitement acceptable. Je vous encourage donc à mettre un contenant dehors à minuit le 1ier mai. On ne sait jamais, on sera peut-être chanceux et il pleuvra dans les 24h suivantes.  Sinon, il finira bien par pleuvoir: c’est mai.

 

En terminant, on dit que les hommes devraient commencer des projets la premières semaine de mai et les femmes la deuxième afin de maximiser les chances de succès. Les personnes non binaires ne sont pas mentionnées dans mes sources, mais je pense que l’on peut assumer que, par extension, un projet commencé pendant tout le mois de mai leur sera favorable.

Sources:

BUTLER, Gary R. (1995). Histoire et traditions orales des Franco-Acadiens de Terre-Neuve. Les éditions du Septentrion. Sillery. 263 p.

 

D’ENTREMONT, Carmen. (2012). Mariaagélas, Pélagie-la-Charrette et le folklore acadien. Port Acadie, (22-23), 163–182.

 

DESRUISSEAUX, Pierre. (1982) Le livre des prognostics au Québec – Dictons, croyances et

conjurations du temps. Éditions Hurtubise HMH. Montréal. 246 p.

 

DESRUISSEAUX, Pierre. (1989) Dictionnaire des croyances et des superstitions. Éditions Triptyque. Montréal. 227 p.

 

DORAIS, L. (1966). La vie traditionnelle sur la côte de Beaupré, au début du XXe siècle. Revue d’histoire de l’Amérique française, 19 (4), 535–550.

 

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

 


Disclaimer : the information to follow is for use in magical practice and the sources on healing waters is not to be used as a substitute for medical treatment.

 

There are a few traditions relating to the month of May. There are no religious festivals in May, which implies that the traditions tied to this month are rarer than those related to Easter as an example.

What is clear is that the general theme of magic in the month of May is “abundance”. This is the planting month and as such there are a few recommendations which touch on this. For example, we learn that one “should not plant cucumbers of the English and pickling varieties before May new moon nor on a “nordet” wind (north-easterly). One should also plant their peas after the 27th of May, on a day which is odd numbered, if not they will be hard and difficult to cook.

The ritual of planting began shortly after Easter, on Rogation Days, when the first seeds to be sown were blessed and processions throughout the fields to bless those as well. To maintain the continued efficacy of those blessings, a family would go out to the wayside cross and sing canticles as well as recite prayers. Therefore, it should be stated that a prayer of one’s preference should be recited each night to ensure the prosperity of our labour. If you have access to a wayside cross – do so there – or even a quiet crossroads, even better.

The weather in the month of May was also used to prognosticate the degree of success one’s harvest would be. It was said that if the month of May is too sunny, the summer would be hot and the harvest poor.

One popular custom was to lend or borrow something on the first of May. This would prevent the butter from turning throughout the year. We can continue this tradition in our modern times by giving this belief a new meaning, such as to ensure that our food doesn’t spoil before we have time to eat it.

If you are lucky enough to live by the sea, and the water  can be safely ingested, a mouthful of that water on the first of May is said to protect one from all disease.

The month of May was also the month when we could collect sacred water, of the same variety as Easter water or holy water. There are a few variations of this tradition which I will enumerate here in order of their potency:

 

  • Water from the first rain of May: has the power to heal ailments of the eye and also, at times, those of the ear.
  • Water from the first snow of May: has the power to heal any ailment. Certain sources limit the power of this water to ailments of the eye and ear.
  • Water from rain on the first of May: provides a healthy complexion throughout the year and wards against evil curses. If it is applied on animals, they are protected against insects. Some sources give this water the power to heal all ailments.

Holy water is an important ingredient in the use of magic among French Canadians. How to procure holy water has been a source of discussion between Erik and myself. Obviously, one could go to a church and get some, but honestly… I wouldn’t want to depend on that and if I can avoid such a means completely, I will. Collecting the waters of May is a simple and effective way of obtaining holy water. This water is incorruptible, just as “official” holy water and has a similar use in folk magic, which makes it a perfectly acceptable substitute. I encourage you to therefore put out a receptacle at midnight on the first of May. We never know if we will be lucky enough to have it rain in the 24 hours which follow. If not so lucky, surely it will rain at some point: It is May after all.

Finally, it was said that men should begin their projects in the first week of May while women should do so in the second week to ensure greater success in their pursuit. Non-binary people are not mentioned in my sources, but I believe that we can assume that, by extension of this belief, a project begun throughout the month of May would be favorable to them.

Sources:

BUTLER, Gary R. (1995). Histoire et traditions orales des Franco-Acadiens de Terre-Neuve. Les éditions du Septentrion. Sillery. 263 p.

 

D’ENTREMONT, Carmen. (2012). Mariaagélas, Pélagie-la-Charrette et le folklore acadien. Port Acadie, (22-23), 163–182.

 

DESRUISSEAUX, Pierre. (1982) Le livre des prognostics au Québec – Dictons, croyances et

conjurations du temps. Éditions Hurtubise HMH. Montréal. 246 p.

 

DESRUISSEAUX, Pierre. (1989) Dictionnaire des croyances et des superstitions. Éditions Triptyque. Montréal. 227 p.

 

DORAIS, L. (1966). La vie traditionnelle sur la côte de Beaupré, au début du XXe siècle. Revue d’histoire de l’Amérique française, 19 (4), 535–550.

 

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

 

Les douze jours de noël – Prédictions météo

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Nous, à Courir le loup-garou avons entreprit la tâche d’enregister la température des douze jours suivant Noël afin de prédire la météo de l’année à Ottawa et à Montréal. Cette coutume est toujours pratiquée par la plus vielle génération de Canadiens français de notre région. La grande-tante d’Erik (ou plutôt grande-cousine éloignée) – L. Lacharity – écrivait ses prédictions dans les portes de ses armoires jusqu’à sa mort.

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La méthodologie est toute simple. Chaque matin et chaque soir du 26 décembre au 6 janvier, on prends en note la température et la météo. Si le matin du 26 décembre il fait -3oC et qu’il neige, le début de janvier sera doux et neigeux. La lecture de la météo prise en soirée révèle les conditions des deux dernières semaines du même mois. Si le mois correspondant à la journée est un mois d’été, une température de -20oC n’indique évidemment pas un été hivernal, mais plutôt un mois d’été froid… pour l’été! Si la même journée la température est de 5oC, alors le mois sera très chaud. De même, de la neige indiquerait de la pluie pour les mois d’été. Pour ce qui est des mois de printemps et d’automne, les précipitations pourraient être de la pluie ou de la neige.

Nous encourageons nos lecteurs à reprendre cette coutume en voie de disparition et à prédire les conditions météo de leurs régions pour 2021 et les années suivantes. N’hésitez pas à partager vos résultats avec vos parents et amis… ou avec nous!

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Twelve days of Christmas – Weather Prognostication

We here at Courir le loup-garou have taken up the challenge of recording the weather for the Twelve Days of Christmas, as indicated in (link to Traditions de Noel), to prognosticate the weather for the coming year in Ottawa and Montréal, where we live. This custom is practiced up to this day by an older French Canadian generation in our region. Erik’s beloved late great-aunt (actually great-cousin some times removed) – L. Lacharity – who would record the coming year in the doors of her kitchen cupboards up to her passing.

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The methodology used is quite simple. Each morning and evening from the 26th of December to the 6th of January, the prognosticator takes a temperature reading and notes down the weather. If on December 26th the morning is -3 degrees Celsius and snowing, then January will begin mild and will see snowfall. In the evening, take a similar reading and the last two weeks will be revealed. If the day is corresponding to a summer month, a -20 degrees Celsius reading would not indicate a wintery summer, but rather a cold one. If that same day is indicating 5 degrees Celsius, then a hot month would be the result. Likewise, snow indicates rain in summer months. For days corresponding Spring and Fall months, precipitation may fluctuate from rain to snow.

We encourage our readers to take up this rapidly dying-out custom and to prognosticate their own regional weather for 2021 and share the results with friends and family.

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Traditions de Noël

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Les jours qui entourent Noël sont forts en traditions. Au Canada français, les traditions catholiques primaient, avec quelques morceaux de folklores parsemés au travers. Les villages entiers se rejoignaient pour assister aux trois grandes messes, qui commencaient à minuit pour se terminer tôt le matin du 25 décembre.  Ceux qui avaient un empêchement pour assister à ces messes pouvaient être témoins d’un phénomène hors de l’ordinaire.  En effet, lors de cette nuit très spéciale, les animaux de ferme avaient le pouvoir de parler. Suite aux messes, les familles se rassemblaient pour le réveillon où on fêtait, dansait et mangeait des mets qui sont maintenant considérés comme traditionnels aujourd’hui: tourtière/pâté à la viande, ragoût de patte, bûche… On rentrait ensuite se coucher pour mieux recommencer en soirée.

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À partir du 26 décembre, on prenait bien soin de noter la température chaque jour et ce, jusqu’aux Rois (6 janvier). Chacune de ces journées correspondait à un mois de l’année à venir (26 décembre = janvier, 27 décembre = février…) et la température de la journée prédisait celle à laquelle on pouvait s’attendre lors du mois correspondant.  Une journée particulièrement froide prédisait un mois froid, de la neige prédisait un mois pluvieux et tout incident hors de l’ordinaire était aussi noté.

Ces informations étaient gardées précieusement afin de prévoir le moment des semis, des récoltes et autres événements importants dans l’année.

 

 


 

Christmas Traditions

The days around Christmas are replete with traditions. In French Canada, Catholic tradition ruled the day with folkloric tidbits peppered throughout. Entire villages came together to celebrate the three large masses, which began at midnight and ended in the wee hours of the morning on December 25th. Those who were unable to attend these masses could be witnesses to some fantastic phenomena. For one, on this most special evening, farm animals were said to gain the ability to speak. Following the masses, family came together for the “Réveillon” (the night before Christmas), where everyone celebrated in festive jubilance. People danced, feasted upon foods now accepted as traditional: Tourtière (French Canadian meat pie), ragoût de patte (Porc hock stew), Bûche (Yule log cake)… Then it was off to bed for some rest and to start the festivities all over the next day.

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As of December 26th, we took great care in recording the weather of each day up to Les Rois (Three Kings Day, January 6th). Each of these days corresponded with the month to come (December 26th = January, December 27th = February…) and the weather of each day was a means of prognosticating that of the coming corresponding months. If a day was particularly cold then that month would be cold, if it snowed then the month would be wet.

All other abnormal signs were also recorded to this same end. This important information was recorded in order to better predict when to sow fields, harvest as well as other important events throughout the year.

 

Sainte-Anne

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Publié originellement dans Wyntergrene edition Lughnasad 2019


Dans notre démarche pour ramener la magie folklorique du Canada français dans le monde d’aujourd’hui, nous avons essayé le plus possible d’évacuer le contexte catholique dans lequel elle a prospéré. Il est cependant impossible de l’éliminer complètement ni est-ce recommandable. Ceci rendrait ce courant spirituel détaché de ses racines, à la dérive, rendant difficile le contact avec les ancêtres .

Une des jonctions avec le catholicisme que nous croyons essentiel de garder est le culte de Sainte Anne. Sainte Anne est une figure controversée du christianisme.  Nulle part dans le Nouveau-Testament il n’en est mention. L’histoire de la conception de Marie a été rapiécée à partir de textes apocryphes et de traditions anciennes, ce qui en fait une figure à moitié en dehors et en dedans du catholicisme. C’est une sainte folklorique dont le culte était si fort et si répandu qu’elle a été ramenée dans le giron de l’Église. Il reste qu’elle appartient d’abord aux gens.

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Sainte Anne est aussi une figure liminale. Les colons français qui sont arrivés en Amérique étaient déjà de fidèles dévots de Sainte Anne, mais elle a aussi été acceptée par les membres des Premières Nations comme la figure de la Grand-mère.

De tous les lieux de cultes dédiés à sainte Anne, un des deux plus importants se trouve ici, au Canada, dans la ville de Beaupré. La basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré est encore aujourd’hui visitée par des milliers de personnes lors de la neuvaine en l’honneur de sainte Anne. Cette église fut bâtie pour la première fois en 1658, détruite en 1876 après que l’on ait bâti une autre église un peu plus loin en 1872.  Cette église fut rasée par un incendie en 1922 et en 1923, on construisit la basilique que l’on connaît. La présence d’un lieu de culte dédié à Sainte Anne date donc des débuts de la Nouvelle-France et a accompagné la vie des Canadiens français jusqu’à aujourd’hui.

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Sainte Anne est une sainte guérisseuse.  Bon nombre de pèlerins ont expérimenté des guérisons miraculeuses en se rendant à la basilique ou pendant leur séjour là bas. Ses pouvoirs de guérisons sont clairement à la source de la popularité de la basilique.  Les guérisons spontanées sont répertoriées dans les Annales depuis 1876 et elles proviennent de partout: des pèlerins et aussi de gens qui ne sont jamais venus à la basilique, mais qui ont obtenu des guérisons en priant sainte Anne. Pour nous, il serait insensé de mettre de côté une figure dispensant une aussi puissante guérison, surtout que son origine est si peu orthodoxe.

On peut retrouver des traces de pèlerinages à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré à partir du Québec, du Nouveau-Brunswick, de la Louisiane et de la Nouvelle-Angleterre.  En faisant nous-mêmes ce pèlerinage, nous marchons littéralement dans les traces de nos ancêtres. Nous recréons les mêmes gestes et les mêmes circuits que des centaines de milliers de gens avec qui nous partageons une communauté d’esprit ou des liens ancestraux de sang.  La répétition des gestes leur donne du pouvoir.

Selon mon expérience, le contact avec sainte Anne est facile et fluide. Le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré est magnifique, majestueux et pourtant on le sent près de nous, comme s’il nous parlait personnellement.  Une relation avec sainte Anne et avec son sanctuaire est riche et vaut la peine d’être développée.

Sources:

HUFFORD, David J. Ste. Anne de Beaupré: Roman Catholic Pilgrimage and Healing, Western Folklore. Vol. 44, No. 3, Healing, Magic, and Religion (Jul., 1985), pp. 194-207

LAMONTAGNE, Denis. Pour une approche transversale du savoir banal en Acadie : la taoueille, sainte Anne et la sorcière. Rabaska: Revue d’ethnologie de l’Amérique française. Volume 3, 2005, pp. 31-48

 https://sanctuairesainteanne.org/fr


Saint-Anne

Originally published in Wyntergrene Lughnasad 2019 edition

Through our labour to bring back the old French Canadian folk magic into our modern world, it seems we have tried to expunge the Catholic context within which the beliefs prospered. It has become apparent that it is impossible to eliminate this framework in its entirety nor is it recommended. To do so would be to uproot the tradition from the source and make it difficult to commune with our ancestors.

On of these essential junctions with Catholicism is the need to maintain the cult of Saint-Anne. Saint-Anne is somewhat of a controversial figure in Catholicism. Nowhere in the New Testament is she mentioned. The story of Mary’s conception has been stitched together through apocryphal texts and ancient customary tradition. Which makes her a liminal figure at once within Catholicism and without. She is a folk saint with a cult so strong and widespread that she was reeled back into the Church’s fold. That said, she is first and foremost a saint of the people.

sainteanne

Saint-Anne’s liminality was also exceedingly important as, when the French colonials arrived in America they were already devoted to her, but soon she was also adopted by First Nations as a Grandmother figure.

Of all the cult sites dedicated to Saint-Anne, one of the most important is found here in Canada in the town of Beaupré. The Basilica of Sainte-Anne-de-Beaupré is still visited today by millions of people during the neuvaine (novena) in honour of Saint-Anne. This church was constructed for the first time in 1658, destroyed in 1876 after another church was built a bit further in 1872. This church was engulfed in flames in 1922 and, in 1923, the Basilica was erected as we know it today. The presence of a cult site to Saint-Anne therefore dates back from the beginning of Nouvelle-France and accompanied the French Canadians throughout their lives up to the present.

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Saint-Anne is a healing saint. A good number of pilgrims have enjoyed miraculous healings from their travels to the Basilica proper or during their visit to the site in general. These healing powers are clearly a source of the Basilica’s continued popularity. Spontaneous healings have been reported in the annals since 1876 and they come from varied contexts: From pilgrims, but also people who had never been there prior, but who were healed by the saint through prayer nonetheless. For us, it is inconceivable to set aside such an important figure who provides such potent healing… especially with such an unorthodox origin story.

We can also find traces of pilgrimages to the Basilica of Sainte-Anne-de-Beaupré from Québec, New Brunswick, Louisiana and New England. By undertaking such a pilgrimage, one literally walks in the footsteps of their ancestors. Through the journey, we exemplify the same deeds and journeys that hundreds of thousands of people with whom we share a community of spirit or ancestry once did. By repeating these same deeds, we give the ancients power.

In my own experience, contact with Saint-Anne is rather easy and fluid. The Sanctuary of Sainte-Anne-de-Beaupré is magnificent, majestic and we feel her presence as though she were there, speaking to us personally. A relationship with Saint-Anne and her sanctuary is a richness which deserves to be developed.

Sources:

HUFFORD, David J. Ste. Anne de Beaupré: Roman Catholic Pilgrimage and Healing, Western Folklore. Vol. 44, No. 3, Healing, Magic, and Religion (Jul., 1985), pp. 194-207

LAMONTAGNE, Denis. Pour une approche transversale du savoir banal en Acadie : la taoueille, sainte Anne et la sorcière. Rabaska: Revue d’ethnologie de l’Amérique française. Volume 3, 2005, pp. 31-48

 https://sanctuairesainteanne.org/fr

 

Trous de fée

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Publié originellement dans Wyntergrene edition Litha 2019


Quand les premiers colons sont arrivés ici, ils emportaient tous les mythes et le folklore de leurs régions d’origine.  Cependant, ils venaient ici pour créer quelque chose de nouveau. Ils arrivaient en Nouvelle-France avec une mission premièrement commerciale, mais, même si peu d’entre eux se l’imaginaient, ils allaient aussi devenir les fondateurs d’une nouvelle nation. Ils étaient peu nombreux et ils durent apprendre à vivre ensemble, si bien qu’il est facile d’imaginer qu’ils eurent souvent à trouver le plus petit dénominateur commun, pour arriver à s’entendre et se comprendre.  Ceci s’appliquait aussi lorsqu’ils se contaient des histoires, ils devaient trouver un terrain d’entente. Si, sur le continent européen, certains faisaient une différence entre « lutin », « luiton » ou « nuton », en Nouvelle-France, ils furent tous regroupés sous le terme de « lutin ». Il en fut de même pour les fées. On retrouve énormément de mentions de fées dans les contes, mais il en est beaucoup moins question dans les anecdotes folkloriques. En d’autres termes, si la fée peuple la plupart des histoires des conteurs, le Canadien français moyen n’en fait pas souvent la rencontre, ni n’expérience les effets de leurs passages.  On peut opposer à cette rareté les manifestations des lutins qui venaient régulièrement « tresser les chevaux » et dont les récits de leurs bêtises ou de leurs interactions avec les humains sont abondants.

Il semble qu’ici l’on ne parle des fées que pour nous parler de « trous de fées », des grottes naturelles où elles auraient élu domicile. Ici encore, l’amalgame des différentes traditions est palpable : on parle de « trou de fée », mais on ne sait jamais de quelle sorte de fée il s’agit.  Le terme en est un générique qui laisse à chacun la possibilité de voir les fées sous la forme qui lui semble la plus probable. Malheureusement, même les trous de fées sont rares au Québec. Roy et Barbeau en ont recensé deux : un à Sainte-Anne-de-la-Pocatière dans la région de Kamouraska et un à La Tourelle, en Gaspésie. Une recherche rapide permettra de trouver au moins deux autres grottes portant ce nom, celle nichée sur une falaise du Mont-St-Hilaire en Montérégie et une autre à Desbiens au Lac-Saint-Jean. Il en existe bien aussi une à Crabtree, mais je n’arrive pas à trouver d’histoire où on parle de la présence des fées.  Cette grotte fut découverte par hasard en 1822 et il semble probable qu’on lui ait donné ce nom, car c’était un nom rendu usuel pour ce genre de caverne. La caverne est spacieuse et facilement accessible, alors je vous encourage à aller y faire un tour et a voir si vous sentez la présence de fées.

Le trou de fée de Sainte-Anne-de-la-Pocatière est peu documenté.  On trouve la mention dans les anecdotes de Barbeau, mais sans plus.  Heureusement, elle est mentionnée dans un poème cité dans un livre sur Sainte-Anne-de-la-Pocatière*. Grâce à cet écrit, on peut savoir que ce lieu était souvent visité et qu’il faisait partie du paysage vivant de l’endroit.

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Source: DIONNE, N-E. Sainte-Anne-de-la-Pocatière 1672-1910, L’ile-aux-oies 1646-1910

On trouve aussi mention dans Barbeau et Roy d’un trou de fée à La Tourelle en Gaspésie. L’entrée étroite de cette grotte dissimulait une cavité de 10 pieds de profond et 15 pieds de haut. Les jeunes enfants lançaient des cailloux dans la grotte dans l’espoir d’attraper une fée ou de la faire sortir, quand on était plus grand, on rentrait parfois dans la grotte, mais on n’y restait pas longtemps. Au moment de la publication des écrits de Barbeau et de Roy, il semble y avoir eu consensus chez les gens de la région que des fées habitaient bien cette grotte. Ce trou de fée n’existe malheureusement plus, car il a été dynamité lors de la construction de l’église de Sainte-Anne-des-Monts, comme un écho de la tradition du vieux continent de bâtir des églises sur des lieux de cultes déjà utilisés.

Il existe aujourd’hui des sentiers pédestres se rendant à la grotte de Sainte-Anne-de-la-Pocatière** et qui passent là où se trouvait jadis la grotte de La Tourelle***.

caverne

Source: Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Plus près de Montréal, on peut voir sur le versant nord-ouest du Mont-St-Hilaire une grotte des fées. Il est cependant interdit de la visiter, ce qui est un avertissement bien utile, car on dit que plus on s’approche de l’entrée de cette grotte, plus elle semble impossible à trouver.  Quelques téméraires ont tous de même réussi l’expédition, comme en témoigne la photo trouvée ici:

https://calypso.bib.umontreal.ca/digital/collection/_archives/id/1093.

Aussi, les nouvelles technologies sont d’un bon secours https://youtu.be/iygqOIZdO7w. Pour voir la grotte par vous même, il suffit de se rendre à l’intersection des rues “de la Grotte” et “des fées” dans la municipalité de Mont-St-Hilaire d’où elle est bien visible.  Oui, ce sont les vrais noms des rues, ça ne s’invente pas des affaires de même.

Aussi, si vous visitez la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il existe un parc dédié au Trou de la Fée. La légende raconte que, lors de la Deuxième Guerre mondiale,  la fée qui réside dans cette grotte aurait protégé des jeunes hommes qui auraient préféré “prendre le bois” que de se rapporter au régiment auxquels ils avaient été conscrits. C’est maintenant un site touristique bien établi, il est donc possible de s’y rendre facilement et de manière sécuritaire.****

BARBEAU, Marius, George MERCURE, Jules TREMBLAY et J.-E.-A. CLOUTIER. « Anecdotes populaires du Canada », première série, The Journal of the American Folk-Lore, vol. XXXIII, no. 129, (July-Sept 1920), p. 173 – 297.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

*DIONNE, N-E, (1910). Sainte-Anne-de-la-Pocatière 1672-1910, L’ile-aux-oies 1646-1910. Québec, Laflamme et Proulx, 219 p.

**https://baliseqc.ca/3S/explorer/bas-saint-laurent/la-montagne-du-college-de-sainte-anne-de-la-pocatiere-LR0566 

***https://baliseqc.ca/3S/explorer/gaspesie/sentier-de-la-fee-LR1067

****http://www.cavernetroudelafee.ca/


The Fairy Hollow

Originally published in Wyntergrene Litha 2019 edition

When the first colonizers arrived, they brought with them their myths and their regions’ folklore. However, they were coming here to create something new.  They were coming to Nouvelle-France with a primarily commercial mission but, even if they didn’t know it at the time, they were the founders of a new nation. There were very few of them and they had to quickly learn to live with each other.  It’s easy to imagine that they had to find common ground to be able to understand each other. It must have also applied to when they were telling each other stories. So, while on the European continent, there was a clear difference between “lutin”, “luiton” and “nuton” in Nouvelle-France they were all lumped together under “lutin” (goblin). The same thing applied to fairies. We may encounter a lot of stories with fairies as characters, however in local folklore this isn’t always the case. In other words if fairies show up in every other tale from the conteur (storyteller), most people have not actually encountered one in real life nor have they experienced the aftermath of their presence.  This can be contrasted with how common the accounts of the lutin’s mischievousness are. We have countless stories of them braiding – or rather knotting –  a horse’s mane or otherwise interacting with humans.

It seems that when we are talking about fairies in French Canada, it’s mostly to talk about the trous de fées (fairy hollows), natural caves or grottos where they were said to have once lived or still do.   Here, we can see the heritage of the common ground found by those first colonizers: We find “trous de fées” all over the territory, but we are never told which kind of fairies lived in them. The term is generic, so everyone could picture fairies under the guise which fit the most with their own background. Unfortunately, even “trous de fées” are rare in Québec. Roy and Barbeau talked about only two: one in Sainte-Anne-de-la-Pocatière in the region of Kamouraska and one in La Tourelle in Gaspésie. Quick research provided two more results, one nestled on one of Mont-Saint-Hilaire’s cliffs and another in Desbiens in the region of Lac-Saint-Jean.  There is another one that can be found in Crabtree, but I can’t find any stories where the presence of fairies is acknowledged. The cave was found by chance in 1822 and it seems plausible that by then, this was the default name for that kind of cave. It’s fairly large and easily accessible, so I do encourage you to visit it and see if you can connect with any fairy therein.

Sainte-Anne-de-la-Pocatière’s “trou de fée” is not very well documented. We find it’s name in Barbeau’s anecdotes, but not much more. Fortunately, it’s also mentioned in a poem cited in a book about Sainte-Anne-de-la-Pocatière*. Thanks to that, we have proof that this cave was visited often and was part of the living landscape.

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Source: DIONNE, N-E. Sainte-Anne-de-la-Pocatière 1672-1910, L’ile-aux-oies 1646-1910

In Roy and Barbeau, there is mention of a “trou de fée” in La Tourelle, Gaspésie. The narrow entrance hid a 10 foot deep depression and 15 foot high ceiling. Children would throw rocks into the cave, trying to make a fairy come out or to hit one. When they grew a bit older, they sometimes entered the cave but never for long. When Barbeau and Roy published their works, it seems there was a consensus among the people of the region that fairies did live in this cave. Unfortunately, this “trou de fée” doesn’t exist anymore, it was dynamited when the church of Sainte-Anne-des-Monts was built, like an echo of the age old tradition of building a new cult building on an older one.

Nowadays, there are walking trails to the “trou de fée” in Sainte-Anne-de-la-Pocatière** and some that go through where the one in La Tourelle used to be***.

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Source: Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Closer to Montreal, you can see on Mont-Saint-Hilaire’s north-west slope a  fairy hollow.  It is forbidden to visit it, a useful warning, as it is said that the closer you get to it, the harder it is to find it. A few brave ones did succeed though, as this picture proves https://calypso.bib.umontreal.ca/digital/collection/_archives/id/1093. Today’s technology is also a big help https://youtu.be/iygqOIZdO7w. To see the cave for yourself, you just need to go to the intersection of the “de la Grotte” et “des fées” streets in the city of  Mont-Saint-Hilaire where it is clearly visible. Yes, these are the real street names, you just can’t make that up.

If you visit the Saguenay-Lac-Saint-Jean region, there is a whole park dedicated to the “Trou de la Fée”. The legend says that, throughout the Second World War, the fairy who lived there protected the young man who “took to the woods” (aka draft dodgers). It’s now a well established tourist attraction where you can visit easily and safely.****

BARBEAU, Marius, George MERCURE, Jules TREMBLAY et J.-E.-A. CLOUTIER. « Anecdotes populaires du Canada », première série, The Journal of the American Folk-Lore, vol. XXXIII, no. 129, (July-Sept 1920), p. 173 – 297.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

*DIONNE, N-E, (1910). Sainte-Anne-de-la-Pocatière 1672-1910, L’ile-aux-oies 1646-1910. Québec, Laflamme et Proulx, 219 p.

**link in French only https://baliseqc.ca/3S/explorer/bas-saint-laurent/la-montagne-du-college-de-sainte-anne-de-la-pocatiere-LR0566

***link in French only https://baliseqc.ca/3S/explorer/gaspesie/sentier-de-la-fee-LR1067

****http://www.cavernetroudelafee.ca/en/index/

 

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