Les herbes de la Saint-Jean

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Publié originellement dans Wyntergrene edition Beltane 2019


Par Morrigane Feu et Erik Lacharity, collaboration spéciale d’Irma Bridana

“Herbes de la Saint-Jean” est un nom générique pour un ensemble de plantes médicinales importantes dans la culture d’une région donnée. Elles sont cueillies le matin de la Saint-Jean-Baptiste, avant le lever du soleil, ou encore la veille. On croyait que les plantes suivaient le rythme du soleil et qu’ils étaient tous deux au sommet de leur force à cette période de l’année, d’où l’importance de faire une réserve des plantes les plus utiles en médecine traditionnelle ce jour-là.

Cette pratique nous provient de la France où elle était bien établie, mais avec certaines différences, notamment le moment de la cueillette qui se faisait plutôt entre midi le 23 juin et midi le lendemain. Aussi, plusieurs listes de plantes dites “de la Saint-Jean” se trouvent facilement dans le folklore français, mais ici les références se font rares.

Les différentes listes trouvées en France témoignent de deux choses: les herbes de la Saint-Jean différaient d’une région à l’autre et les herbes récoltées étaient celles que les gens considéraient comme les plus utiles. Étant donné que cette coutume nous vient directement des colons français, il est justifiable d’assumer que ces deux caractéristiques se retrouvaient ici aussi. La seule herbe qui était indéniablement cueillie cette journée-là était l’armoise commune (Artemisia vulgaris) qui portait aussi le nom d’herbe Saint-Jean et fut probablement importée de Normandie. Les autres plantes dont les noms sont mentionnés sont la sauge et la camomille. On trouve aussi le nom de Artemisia biennis, dont le nom commun est aussi armoise. Il est possible que ces deux plantes aient été confondues l’une pour l’autre, dépendant de la disponibilité de chacune dans une région donnée.

En se basant sur le fait que les plantes cueillies dépendaient de la région, il est possible d’extrapoler quelles plantes était possiblement considérée comme “de la Saint-Jean” en regardant lesquelles étaient le plus utilisé dans les remèdes traditionnels, que ce soit en nombre ou en importance.

Là encore, les sources n’abondent pas, alors si vous en connaissez ne vous gênez pas pour faire exploser notre boîte courriel (courirleloupgarou@gmail.com) avec vos anecdotes, livres, articles…

Retournons en Gaspésie où les remèdes traditionnels sont mieux documentés. Certaines plantes ont plusieurs utilités et on les retrouve régulièrement dans la littérature, notamment dans le livre Littérature orale en Gaspésie de Carmen Roy. Une liste des plantes qu’on retrouve nommée le plus souvent dans le recensement de la pharmacopée gaspésienne de Roy suivra. J’ai ajouté à cette liste l’achillée millefeuille, car elle fait partie des Herbes de la Saint-Jean dans de nombreuses régions de France et elle est très répandue ici. Vous trouverez aussi, comme point de comparaison, l’utilisation en herboristerie moderne des mêmes plantes. Je remercie énormément Irma Bridana, étudiante finissante à l’école Herbothèque, pour sa collaboration à cet article. Un petit rappel de toujours faire appel à un médecin lorsque vous avez un problème de santé et que cet article ne remplace en aucun cas une consultation avec un médecin. Et comme le dit si bien Irma, consulter un.e herboriste qualifié.e avant d’utiliser les plantes.

savoyane

Savoyane (Coptis groenlandica):
Usages traditionnels: -Pour hâter l’accouchement: boire une infusion de savoyane.
-Pour guérir un aphte: mâcher de la savoyane.
-Pour augmenter l’appétit: sucrer une infusion de racine de savoyane et la faire réduire avant de la boire.
-Pour soulager l’asthme:mâcher de la savoyane.
-Pour les maux d’estomacs: boire une tisane de racine de savoyane.
-Pour soigner les faiblesses: Boire une tisane de cormier, d’épinette noire, de cerisier et de savoyane. OU boire une infusion de rhizomes de salsepareille, de savoyane et de buis OU boire une savoyane (faire bouillir une livre de savoyane et y ajouter une chopine de whisky et un demiard* de sucre d’érable)

Usages modernes:
La savoyane a des propriétés antiseptiques, astringentes et stomachiques. Ses utilisations prédominantes concernent les usages pour traiter les problèmes buccaux, traiter le rhume et pour ses qualités digestives. Par contre elle contient des alcaloïdes et ne devrait pas être utilisée sans l’avis d’un herboriste qualifié.

Plantago Major

Plantain (Plantago major):
Usages traditionnels: -Pour soigner les brûlures: faire un onguent en faisant bouillir le plantain dans le saindoux. Faites refroidir et appliquer sur la brûlure.** -Pour soigner les clous: appliquer un cataplasme de plantain. On peut aussi appliquer le cataplasme chaud après y avoir ajouté du savon et du sucre.
-Pour soigner une coupure: faire chauffer des feuilles de plantains auxquelles on a retiré les nervures au-dessus de la vapeur puis les tremper dans l’huile de foie de morue et en envelopper le membre.
-Pour réduire l’enflure: Appliquer un cataplasme de feuille de plantain.
-Pour les maux d’estomac: boire une tisane de tiges de plantain.
-Pour les pertes blanches: Infusion de racine de plantain. La source ne dit pas de la boire ou de l’appliquer localement, alors à vous de décider #yolo -Pour les piqûres de guêpes: faire un cataplasme de feuilles de plantain.

Usages modernes:
Le plantain à des propriétés altératif, anti-inflammatoire, astringent et hémostatique entre autres. On l’utilise principalement pour nettoyer et assainir. Que ce soit la peau pour une plaie ou le sang, les voies digestives ou respiratoires. Elle apporte soulagement arrête le sang et accélère la cicatrisation.

Burdock

Bardane/Racine d’amoureux/Toques (Arctium lappa):
Usages traditionnels:
Pour soigner les faiblesses: Boire une infusion de racines de bardane.
Pour la méningite: Infusion de bardane.
Pour le panaris: Broyer les racines de bardanes entre deux pierres grises, faire un cataplasme avec du savon et appliquer sur l’infection.
Pour les rhumatismes: Boire une infusion de tige de bardane ou appliquer un cataplasme fait de racines de bardane et de saindoux.
Pour purifier le sang: Boire une infusion de tige de bardane.
Pour la tuberculose: Infusion de racine de bardane.

Usages modernes:
La bardane à des propriétés antibactérienne, antifongique, dépurative, diurétique parmi d’autres. Elle est utilisée principalement pour son action dépurative et son effet sur la peau, car elle vient soutenir les fonctions d’élimination du corps ce qui facilite l’excrétion des toxines. Il y a certaines précautions dans un usage prolongé, s’informer à un herboriste pour un usage prolongé et important.

quackgrass

Chiendent (Agropyron repens ou Elymus repens):
Usages traditionnels: -Pour soigner la calvitie: faire une infusion de chiendent, laver la tête de la personne affligée puis badigeonner le cuir chevelu avec de l’huile d’olive.
-Pour les maux d’estomac: boire une tisane de racine de chiendent.
-Pour les maux de reins et/ou les rhumatismes: boire une tisane de rhizome de chiendent

Usages modernes:
Le chiendent à des propriétés antibactériennes, antilithiasique, dépurative, diurétique, émollient. C’est une plante qu’on utilise principalement pour son action sur la sphère urinaire et un engorgement du foie. Elle apporte humidité et mouvement utile en cas de sécheresse. Elle n’est pas sans précautions non plus et elle ne devrait pas être utilisée sur de longues périodes.

Yarrow

Achillée millefeuille/herbe à dinde (Achillea millefolium):
Usages traditionnels:
Pour la fièvre: Boire une tisane d’achillée millefeuille ou appliquer des feuilles chaudes sous les pieds.
Pour les maux de reins: Boire une infusion d’achillée millefeuille.

Usages modernes:
L’achillée millefeuille à des propriétés diverses entre autres d’être astringente, diaphorétique, digestive, fébrifuge et hémostatique. Elle est principalement utile pour tout ce qui touche au sang et les vaisseaux ainsi que la digestion et la peau. Elle est connue pour stopper les saignements et accélérer la guérison des plaies. Il y a des précautions la concernant pour les femmes enceintes. S’informer auprès d’un herboriste avant l’usage interne prolongé.

*une demi-chopine ou un quart de pinte.
**Malgré le fait que l’on sait aujourd’hui qu’on n’applique jamais de corps gras sur une brûlure, les onguents faits à base d’un corps gras sont extrêmement courants en médecine traditionnelle.

Références
Frère Marie-Victorin. (1995). La flore laurentienne, troisième édition. Montréal: Les Presses de l’Université de Montréal. 1093 p.

ROUSSEAU, J et Raymond, M. (1945). Étude ethnobotaniques québécoises. Montréal, Université de Montréal, Contributions de l’institut botanique de l’Université de Montréal no. 55, 154 p.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

Le réseau de diffusion des archives du Québec. Clin d’oeil sur nos traditions: la Saint-Jean-Baptiste.

Repéré à: http://rdaq.banq.qc.ca/expositions_virtuelles/coutumes_culture/juin/st_jean_baptiste/clin_oeil_tradition.html


Saint-Jean’s Herbs 

Originally published in Wyntergrene Beltane 2019 edition

“Herbes de la Saint-Jean” is a generic term for a group of important medicinal plants in a given region. They are gathered on the morning of Saint-Jean-Baptiste (June 24th) before sunrise, or on the eve of Saint-Jean-Baptiste. It was believed that, like the sun, the plants were at the height of their potency at that time of the year. Therefore, it was really important to stock up on the most important plants in traditional medicine on this particular day.

This practice comes from France where it was well established albeit with a few differences such as the time of the harvesting. It was done between noon on June 23rd and noon the next day. Also, there are many lists of “Herbes de la Saint-Jean” found in France’s folklore, where here references are scarce.

The different lists that can be found in France tell us two things: the plants falling under the name “Herbes de la Saint-Jean” differed from place to place, definitely making the practice a regional one, and these plants were the ones people considered the most useful. As this practice came directly from the French colonists, it can be inferred that these two characteristics could be found in Canada. The only plants we’re absolutely sure were harvested on June 24th is mugwort (Artemisia vulgaris in Latin and armoise in French) as it was known by the name “Herbe Saint-Jean” and was probably introduced by Norman settlers. The other plants that have been mentioned in the few sources we have is chamomile and sage. Artemisia biennis is also mentioned but as its common name is « armoise », just like Artemisia vulgaris it’s possible that both plants have been mistaken for one another depending on their prevalence in a given region.

If the plants harvested were a regional practice, it’s easy to infer which one was considered “Herbes de la Saint-Jean” depending on their importance in one region or another. Here, sadly, the sources are still lacking, so if you know of any, don’t hesitate to make our inbox explode (courirleloupgarou@gmail.com) with your anecdotes, stories, books, papers…

Let’s go back to the Gaspésie, where traditional remedies have been well documented. Some plants have many uses and we find their names again and again in literature, namely in Carmen Roy’s Littérature orale en Gaspésie. A list of the plants that can be found most often in Gaspésie’s traditional medicine will follow. I also added yarrow to this list as it was part of many lists in France and is readily available here. You will also be able to find a section on how these plants are used in modern herbalism as a point of comparison. I would like to thank Irma Bridana for her help on this article. Also, just remember to see a doctor for any health concerns and that this article doesn’t replace a doctor’s advice. And, as Irma says, consult a qualified herbalist before using any plants.

savoyane

Threeleaf goldthread (Coptis groenlandica):
Traditional uses:
-To hasten delivery: drink an infusion of threeleaf goldthread
-To heal a canker sore: chew threeleaf goldthread.
-To have more appetite: make a threeleaf goldthread infusion, add sugar and reduce before drinking.
-Against asthma: chew threeleaf goldthread.
-For stomach aches: drink a threeleaf goldthread infusion.
-For weaknesses: Drink an infusion of American mountain ash, black spruce, bitter-berry and threeleaf goldthread OR drink an infusion of wild sarsaparilla’s roots, boxwood and threeleaf goldthread OR drink a “savoyane” (boil one pound of threeleaf goldthread and add a quart of whisky and a fourth of a pint of maple sugar).

Modern uses:
threeleaf goldthread is antiseptic, astringent and stomachic. It’s main use is to treat mouth problems and colds and for helping digestion. However it contains alkaloids and should not be use without the advice of a qualified herbalist.

Plantago Major

Broadleaf plantain (Plantago major):
Traditional uses:
-For burns: make an ointment by boiling plantain in lard. Cool and apply to the burn*.
-For boils: apply a poultice of plantain. You can also heat the cataplasm and add soap and sugar.
-For cuts: devein the plantain leaves, heat them over vapor and soak them in cod-liver oil. Wrap the limb in the leaves.
-To reduce swelling: apply a poultice of plantain.
-For stomach aches: drink a plantain infusion.
-For vaginal discharge: Infusion of plantain roots. The source doesn’t say if you should drink it or apply it locally, so it’s your choice I guess #yolo.
-For wasp stings: Poultice of plantain’s leaves.

Modern uses:
Plantain has alterative, anti-inflammatory, astringent and hemostatic properties. It’s mainly used to clean and purify, be it the skin, a wound, the blood, digestive track or the respiratory system. It relieves pain, stops bleeding and speeds up scarring over.

Burdock

Greater burdock (Arctium lappa):
Traditional uses:
-For weakness: drink an infusion of burdock’s root.
-For meningitis: drink an infusion of burdock.
-For whitlow: grind burdock’s roots between two grey stones, make a poultice with soap and apply to the infection.
-For rheumatism: Drink an infusion of burdock’s stem or apply a poultice made from the roots of a burdock and lard.
-To purify the blood: Drink an infusion of burdock stems.
-For tuberculosis: drink an infusion of burdock roots.

Modern uses: Burdock has antibacterial, antifungal, purgative and diuretic properties. It’s used for its purgative effect and its effect on the skin, as it supports the body’s eliminating functions which helps the excretion of toxins. There are some precautions to take if you plan to take the plant for an extended period of time. You should consult a qualified herbalist before taking the plant in high dosage or for a prolonged period of time.

quackgrass

Quackgrass (Agropyron repens or Elymus repens):
Traditional uses:
-For baldness: make an infusion of quackgrass, wash the afflicted person’s head and slather the scalp with olive oil.
-For stomach aches: drink a quackgrass’s root infusion.
-For kidneys troubles of rheumatism: drink an infusion of quackgrass’s roots.

Modern uses:
Quackgrass has antibacterial, antilithic, purgative, diuretic and emollient properties. This pant is mostly used for urinary disorders and liver engorgement. It brings humidity and movement and is useful in a case of dryness. This plant should be used with precaution and not for prolonged periods of time.

Yarrow

Yarrow (Achillea millefolium):
Traditional uses:
-For fever: drink an infusion of yarrow or apply hot leaves under feet.
-For kidney troubles: drink an infusion of yarrow.

Modern uses:
Yarrow has astringent, diaphoretic, digestive, febrifuge and hemostatic properties. It’s especially useful for that which touches blood or the vascular system as well as for digestion and the skin. It is known to stop bleeding and hasten the healing of wounds. Pregnant women should use with precautions. Consult a qualified herbalist before taking internally for a prolonged period of time.

*Despite the fact that we now know that we should never apply any kind of fat to a burn, ointments made from fat are extremely common in traditional healing.

Sources:
Frère Marie-Victorin. (1995). La flore laurentienne, troisième édition. Montréal: Les Presses de l’Université de Montréal. 1093 p.

ROUSSEAU, J et Raymond, M. (1945). Étude ethnobotaniques québécoises. Montréal, Université de Montréal, Contributions de l’institut botanique de l’Université de Montréal no. 55, 154 p.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

Le réseau de diffusion des archives du Québec. Clin d’oeil sur nos traditions: la Saint-Jean-Baptiste.

Found at: http://rdaq.banq.qc.ca/expositions_virtuelles/coutumes_culture/juin/st_jean_baptiste/clin_oeil_tradition.html

Les oeufs dans la magie folklorique du Canada français

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Publié originellement dans Wyntergrene edition Ostara 2019


Les oeufs sont prévalents dans la médecine traditionnelle de la Gaspésie.  On les utilise pour la guérison de plusieurs maux allant de la faiblesse aux rhumatismes en passant par l’entorse et le rhume. Cependant, de tous les remèdes répertoriés par Carmen Roy, le plus long rituel porte sur la guérison du “dérangement” de ne pas avoir d’enfants et les oeufs y jouent un rôle central. L’association entre la fertilité et les oeufs n’échappait donc pas aux Gaspésiens. On y tente de “replacer la matrice” et de traiter les ovaires par magie sympathique. Le rituel à trois étapes, on ouvre le chemin en appliquant une flanelle imbibée de moutarde, qui sera changée régulièrement pendant une heure. Par la suite, on frotte une gousse d’ail dans une soucoupe dans le sens antihoraire et on l’insère dans le nombril de la patiente où elle restera jusqu’à ce qu’elle tombe d’elle-même. Par la suite, on mélange à trois blancs d’oeufs en neige une demi-cuillère à thé de poivre et trois tranches de savon. Ce mélange est étendu sur un mince morceau d’étoupe de France* puis on ajoute une cuillère à soupe de résine de sapin** fondu.  Le cataplasme est ensuite appliqué sur le ventre de la femme et elle devra rester étendue, en marchant le moins possible, sans rien soulever ni faire aucun effort, aussi minime soit-il, jusqu’à ce qu’il tombe de lui-même. Ce rituel ou une variation de celui-ci se retrouve dans presque tout le Canada français et pourrait bien avoir son origine ici plutôt que sur le continent européen.

Un autre rituel lié à la grossesse dépend aussi presque entièrement des oeufs.  Le voyagement pouvait être long et difficile, particulièrement pour une femme enceinte. Si elle devait tout de même se déplacer, une femme enceinte pouvait appliquer sur son ventre un cataplasme fait seulement de blanc d’oeuf dans lequel on a jeté sept petits bouts de soie rouge.  Le pouvoir de fertilité des oeufs se transférait donc au bébé et on s’assurait qu’il “collait” dans le ventre de sa mère.

Dans presque tous les autres cas de médecine traditionnelle où les oeufs sont impliqués, les oeufs doivent être ingérés ou frotter sur les membres pour faire pénétrer.  Dans ces cas, on se repose moins sur la magie sympathique que sur la croyance que les oeufs possédaient une substance qui soutenait la guérison. On se rapproche de l’esprit de la médecine moderne, tout en restant loin de sa lettre.  Il faut savoir que certaines de ces recettes contenaient aussi de la térébenthine et du camphre. Oups… Il reste que le pas est facile à faire entre l’oeuf symbole de vie et de fertilité et l’oeuf ayant un pouvoir de guérison.

Eggs

Les Canadiens français accordaient beaucoup d’importance aux présages et à la divination. Dans un pays où les conditions de vie sont difficiles, ce n’est pas surprenant qu’on essaie de glaner le plus d’information possible sur ce qui nous attend.  Par contre, il existe peu d’enregistrements écrits de présage ou de divination où on trouve des oeufs. On dit que de rêver d’un oeuf cassé est présage de peine et l’inverse est présage de joie. Si on échappe un oeuf par terre, c’est présage de chicane.

Si vous et un.e de vos ami.e mourrez d’envie de connaître l’identité de votre futur époux/se, j’ai le rituel de divination parfait pour vous! La veille de la Toussaint, faites cuire un oeuf chacun dans la cendre. Couper les oeufs cuits en deux et saler les deux moitiés allègrement. Non, plus que ça, encore plus de sel. Encore un peu. Voilà. Ne mangez que le blanc et allez vous coucher. Pendant la nuit, votre futur.e époux/se viendra vous offrir à boire.  Le lendemain matin, trouvez un chien ensemble a qui offrir vos deux jaunes d’oeuf restants. Le premier jaune que le chien dévorera indiquera qui de vous deux se mariera en premier.

Si vous cherchez une méthode de divination plus générale, mettez un blanc d’oeuf dans une bouteille d’eau, placez cette bouteille au soleil pour environ 30 minutes.  Des “fantasmagories” s’y formeront et vous pourrez discerner divers symboles et images qui ne demandent qu’à être interprétés.

En terminant, si vous avez la chance d’avoir des poules pondeuses chez vous, vous pourriez peut-être penser à mettre un morceau de fer sous leurs nids pour éviter que leurs oeufs ne tournent.

*L’étoupe de France servait à calfeutrer la coque des bateaux. Dans une communauté qui dépend autant de la mer pour sa survie, il est facile de faire le lien entre l’étoupe de France et la prospérité, le succès et la fertilité.

**Le sapin est un symbole du triomphe de la vie sur la mort. Ce rituel est chargé de symboles puissants, ce qui témoigne de l’importance d’avoir des enfants dans la société gaspésienne.

Sources:

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

DESRUISSEAUX, Pierre (1976). Magie et sorcellerie populaire au Québec. Montréal, les Éditions Triptyques. 205 p.


Eggs in French Canadian folk magic

Originally published in Wyntergrene Ostara 2019 edition

 Eggs are prevalent in traditional medicine from la Gaspésie. They were used in cures for treating illnesses such as a general weakness, rheumatism, colds and sprains. However, of all the cures that are listed by Carmen Roy, the longest ritual concerns the “dérangement” or disturbance of being unable to have children and eggs played a central role in this.  The association between fertility and eggs was not lost on people from la Gaspésie. In this ritual, we are trying to replace the “matrice” (matrix, uterus) and treating the ovaries through sympathetic magic. The ritual has three steps, the road is opened by placing a flannel band soaked in mustard which would be changed regularly for an hour. Then a bulb of garlic is rubbed on a saucer counterclockwise. The bulb is then put inside the patient’s navel where it will stay until it falls out on its own. Three egg whites are beaten until stiff and to this add half a teaspoon of pepper and three shavings of soap. The mixture is spread thinly on a piece of étoupe de France* (tow) and we add a tablespoon of melted sapin** resin. The cataplasm is applied on the belly of the patient and she should lay down as much as possible, walk as little as possible and not make any efforts as small as they may be. This ritual can be found all over French Canada and could have originated here and not on the European continent.

Another ritual linked to pregnancy is almost entirely depending on eggs as well. Travelling could be long and difficult, especially for a pregnant woman. If she had to travel, a pregnant woman could apply to her belly a cataplasm made from egg whites in which seven little pieces of red silk had been added. The fertility power of the eggs would be transferred to the baby to  ensure that it would “stick” inside the mother’s womb.

In almost every other traditional medicine practice where eggs were used, they had to be ingested or rubbed on the affected area so as to guarantee penetration. In those cases, we are relying less on sympathetic magic and more on the belief that a substance or a chemical compounds promoting healing was to be found in eggs. We are getting closer to modern medicine, but far from science. You will note that some of these recipes also involve turpentine and camphor. Yeah… Still, it’s easy enough to get from “the egg as a symbol of life and fertility” to “the egg as having healing powers.”

Eggs

French Canadians gave a lot of importance to omens and divination.  In a country where living conditions were harsh, it’s not surprising that people would try to decipher what the future had in store. However, omen involving eggs are not common in the record.  It is said that dreaming of a broken egg foretells of heartache and the opposite, of joy. If someone drops an egg, it’s a sign of a fight to come.

If you and one of your friends are dying to know who you will marry, I have the perfect divination method for you! On the eve of La Toussaint (All Saint’s day), each of you should cook an egg in ashes. Cut the eggs into halves and salt them. No, more than that. More salt. A bit more. Yes, like that. Eat the whites before going to bed. While you sleep, your future spouse will appear to you in a dream and offer you something to drink. The next morning, you should find a dog together and offer it the yolks from those same eggs.  The first yolk eaten by the dog belongs to the first of you two who will get married.

If you are searching for a more general divination method, put an egg white in a bottle filled with water and put the bottle in the sun for half an hour. “Fantasmagories” (phantasmagorias, shapeless forms) will form, waiting for you to make sense of the symbols or imagery that they represent.

Finally, if you own chickens, you may want to place a piece of iron under their nests so as to ensure that the eggs don’t spoil.

 

*L’étoupe de France/tow served to plug holes in the hull of boats.  In a community depending as much on the sea as la Gaspésie, it’s easy to make the parallel between l’étoupe de France and prosperity, success and fertility.

**The sapin is a symbol of the triumph of life over death. This ritual is charged with a lot of powerful symbols, which shows how important having children was in this society.

Also, it seems we can’t agree on the right translation for “sapin”.  We hesitate between spruce, balsam and fir tree. Let’s agree on “Christmas tree”.

Sources:

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

DESRUISSEAUX, Pierre (1976). Magie et sorcellerie populaire au Québec. Montréal, les Éditions Triptyques. 205 p.

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