Les herbes de la Saint-Jean

English will follow

Publié originellement dans Wyntergrene edition Beltane 2019


Par Morrigane Feu et Erik Lacharity, collaboration spéciale d’Irma Bridana

“Herbes de la Saint-Jean” est un nom générique pour un ensemble de plantes médicinales importantes dans la culture d’une région donnée. Elles sont cueillies le matin de la Saint-Jean-Baptiste, avant le lever du soleil, ou encore la veille. On croyait que les plantes suivaient le rythme du soleil et qu’ils étaient tous deux au sommet de leur force à cette période de l’année, d’où l’importance de faire une réserve des plantes les plus utiles en médecine traditionnelle ce jour-là.

Cette pratique nous provient de la France où elle était bien établie, mais avec certaines différences, notamment le moment de la cueillette qui se faisait plutôt entre midi le 23 juin et midi le lendemain. Aussi, plusieurs listes de plantes dites “de la Saint-Jean” se trouvent facilement dans le folklore français, mais ici les références se font rares.

Les différentes listes trouvées en France témoignent de deux choses: les herbes de la Saint-Jean différaient d’une région à l’autre et les herbes récoltées étaient celles que les gens considéraient comme les plus utiles. Étant donné que cette coutume nous vient directement des colons français, il est justifiable d’assumer que ces deux caractéristiques se retrouvaient ici aussi. La seule herbe qui était indéniablement cueillie cette journée-là était l’armoise commune (Artemisia vulgaris) qui portait aussi le nom d’herbe Saint-Jean et fut probablement importée de Normandie. Les autres plantes dont les noms sont mentionnés sont la sauge et la camomille. On trouve aussi le nom de Artemisia biennis, dont le nom commun est aussi armoise. Il est possible que ces deux plantes aient été confondues l’une pour l’autre, dépendant de la disponibilité de chacune dans une région donnée.

En se basant sur le fait que les plantes cueillies dépendaient de la région, il est possible d’extrapoler quelles plantes était possiblement considérée comme “de la Saint-Jean” en regardant lesquelles étaient le plus utilisé dans les remèdes traditionnels, que ce soit en nombre ou en importance.

Là encore, les sources n’abondent pas, alors si vous en connaissez ne vous gênez pas pour faire exploser notre boîte courriel (courirleloupgarou@gmail.com) avec vos anecdotes, livres, articles…

Retournons en Gaspésie où les remèdes traditionnels sont mieux documentés. Certaines plantes ont plusieurs utilités et on les retrouve régulièrement dans la littérature, notamment dans le livre Littérature orale en Gaspésie de Carmen Roy. Une liste des plantes qu’on retrouve nommée le plus souvent dans le recensement de la pharmacopée gaspésienne de Roy suivra. J’ai ajouté à cette liste l’achillée millefeuille, car elle fait partie des Herbes de la Saint-Jean dans de nombreuses régions de France et elle est très répandue ici. Vous trouverez aussi, comme point de comparaison, l’utilisation en herboristerie moderne des mêmes plantes. Je remercie énormément Irma Bridana, étudiante finissante à l’école Herbothèque, pour sa collaboration à cet article. Un petit rappel de toujours faire appel à un médecin lorsque vous avez un problème de santé et que cet article ne remplace en aucun cas une consultation avec un médecin. Et comme le dit si bien Irma, consulter un.e herboriste qualifié.e avant d’utiliser les plantes.

savoyane

Savoyane (Coptis groenlandica):
Usages traditionnels: -Pour hâter l’accouchement: boire une infusion de savoyane.
-Pour guérir un aphte: mâcher de la savoyane.
-Pour augmenter l’appétit: sucrer une infusion de racine de savoyane et la faire réduire avant de la boire.
-Pour soulager l’asthme:mâcher de la savoyane.
-Pour les maux d’estomacs: boire une tisane de racine de savoyane.
-Pour soigner les faiblesses: Boire une tisane de cormier, d’épinette noire, de cerisier et de savoyane. OU boire une infusion de rhizomes de salsepareille, de savoyane et de buis OU boire une savoyane (faire bouillir une livre de savoyane et y ajouter une chopine de whisky et un demiard* de sucre d’érable)

Usages modernes:
La savoyane a des propriétés antiseptiques, astringentes et stomachiques. Ses utilisations prédominantes concernent les usages pour traiter les problèmes buccaux, traiter le rhume et pour ses qualités digestives. Par contre elle contient des alcaloïdes et ne devrait pas être utilisée sans l’avis d’un herboriste qualifié.

Plantago Major

Plantain (Plantago major):
Usages traditionnels: -Pour soigner les brûlures: faire un onguent en faisant bouillir le plantain dans le saindoux. Faites refroidir et appliquer sur la brûlure.** -Pour soigner les clous: appliquer un cataplasme de plantain. On peut aussi appliquer le cataplasme chaud après y avoir ajouté du savon et du sucre.
-Pour soigner une coupure: faire chauffer des feuilles de plantains auxquelles on a retiré les nervures au-dessus de la vapeur puis les tremper dans l’huile de foie de morue et en envelopper le membre.
-Pour réduire l’enflure: Appliquer un cataplasme de feuille de plantain.
-Pour les maux d’estomac: boire une tisane de tiges de plantain.
-Pour les pertes blanches: Infusion de racine de plantain. La source ne dit pas de la boire ou de l’appliquer localement, alors à vous de décider #yolo -Pour les piqûres de guêpes: faire un cataplasme de feuilles de plantain.

Usages modernes:
Le plantain à des propriétés altératif, anti-inflammatoire, astringent et hémostatique entre autres. On l’utilise principalement pour nettoyer et assainir. Que ce soit la peau pour une plaie ou le sang, les voies digestives ou respiratoires. Elle apporte soulagement arrête le sang et accélère la cicatrisation.

Burdock

Bardane/Racine d’amoureux/Toques (Arctium lappa):
Usages traditionnels:
Pour soigner les faiblesses: Boire une infusion de racines de bardane.
Pour la méningite: Infusion de bardane.
Pour le panaris: Broyer les racines de bardanes entre deux pierres grises, faire un cataplasme avec du savon et appliquer sur l’infection.
Pour les rhumatismes: Boire une infusion de tige de bardane ou appliquer un cataplasme fait de racines de bardane et de saindoux.
Pour purifier le sang: Boire une infusion de tige de bardane.
Pour la tuberculose: Infusion de racine de bardane.

Usages modernes:
La bardane à des propriétés antibactérienne, antifongique, dépurative, diurétique parmi d’autres. Elle est utilisée principalement pour son action dépurative et son effet sur la peau, car elle vient soutenir les fonctions d’élimination du corps ce qui facilite l’excrétion des toxines. Il y a certaines précautions dans un usage prolongé, s’informer à un herboriste pour un usage prolongé et important.

quackgrass

Chiendent (Agropyron repens ou Elymus repens):
Usages traditionnels: -Pour soigner la calvitie: faire une infusion de chiendent, laver la tête de la personne affligée puis badigeonner le cuir chevelu avec de l’huile d’olive.
-Pour les maux d’estomac: boire une tisane de racine de chiendent.
-Pour les maux de reins et/ou les rhumatismes: boire une tisane de rhizome de chiendent

Usages modernes:
Le chiendent à des propriétés antibactériennes, antilithiasique, dépurative, diurétique, émollient. C’est une plante qu’on utilise principalement pour son action sur la sphère urinaire et un engorgement du foie. Elle apporte humidité et mouvement utile en cas de sécheresse. Elle n’est pas sans précautions non plus et elle ne devrait pas être utilisée sur de longues périodes.

Yarrow

Achillée millefeuille/herbe à dinde (Achillea millefolium):
Usages traditionnels:
Pour la fièvre: Boire une tisane d’achillée millefeuille ou appliquer des feuilles chaudes sous les pieds.
Pour les maux de reins: Boire une infusion d’achillée millefeuille.

Usages modernes:
L’achillée millefeuille à des propriétés diverses entre autres d’être astringente, diaphorétique, digestive, fébrifuge et hémostatique. Elle est principalement utile pour tout ce qui touche au sang et les vaisseaux ainsi que la digestion et la peau. Elle est connue pour stopper les saignements et accélérer la guérison des plaies. Il y a des précautions la concernant pour les femmes enceintes. S’informer auprès d’un herboriste avant l’usage interne prolongé.

*une demi-chopine ou un quart de pinte.
**Malgré le fait que l’on sait aujourd’hui qu’on n’applique jamais de corps gras sur une brûlure, les onguents faits à base d’un corps gras sont extrêmement courants en médecine traditionnelle.

Références
Frère Marie-Victorin. (1995). La flore laurentienne, troisième édition. Montréal: Les Presses de l’Université de Montréal. 1093 p.

ROUSSEAU, J et Raymond, M. (1945). Étude ethnobotaniques québécoises. Montréal, Université de Montréal, Contributions de l’institut botanique de l’Université de Montréal no. 55, 154 p.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

Le réseau de diffusion des archives du Québec. Clin d’oeil sur nos traditions: la Saint-Jean-Baptiste.

Repéré à: http://rdaq.banq.qc.ca/expositions_virtuelles/coutumes_culture/juin/st_jean_baptiste/clin_oeil_tradition.html


Saint-Jean’s Herbs 

Originally published in Wyntergrene Beltane 2019 edition

“Herbes de la Saint-Jean” is a generic term for a group of important medicinal plants in a given region. They are gathered on the morning of Saint-Jean-Baptiste (June 24th) before sunrise, or on the eve of Saint-Jean-Baptiste. It was believed that, like the sun, the plants were at the height of their potency at that time of the year. Therefore, it was really important to stock up on the most important plants in traditional medicine on this particular day.

This practice comes from France where it was well established albeit with a few differences such as the time of the harvesting. It was done between noon on June 23rd and noon the next day. Also, there are many lists of “Herbes de la Saint-Jean” found in France’s folklore, where here references are scarce.

The different lists that can be found in France tell us two things: the plants falling under the name “Herbes de la Saint-Jean” differed from place to place, definitely making the practice a regional one, and these plants were the ones people considered the most useful. As this practice came directly from the French colonists, it can be inferred that these two characteristics could be found in Canada. The only plants we’re absolutely sure were harvested on June 24th is mugwort (Artemisia vulgaris in Latin and armoise in French) as it was known by the name “Herbe Saint-Jean” and was probably introduced by Norman settlers. The other plants that have been mentioned in the few sources we have is chamomile and sage. Artemisia biennis is also mentioned but as its common name is « armoise », just like Artemisia vulgaris it’s possible that both plants have been mistaken for one another depending on their prevalence in a given region.

If the plants harvested were a regional practice, it’s easy to infer which one was considered “Herbes de la Saint-Jean” depending on their importance in one region or another. Here, sadly, the sources are still lacking, so if you know of any, don’t hesitate to make our inbox explode (courirleloupgarou@gmail.com) with your anecdotes, stories, books, papers…

Let’s go back to the Gaspésie, where traditional remedies have been well documented. Some plants have many uses and we find their names again and again in literature, namely in Carmen Roy’s Littérature orale en Gaspésie. A list of the plants that can be found most often in Gaspésie’s traditional medicine will follow. I also added yarrow to this list as it was part of many lists in France and is readily available here. You will also be able to find a section on how these plants are used in modern herbalism as a point of comparison. I would like to thank Irma Bridana for her help on this article. Also, just remember to see a doctor for any health concerns and that this article doesn’t replace a doctor’s advice. And, as Irma says, consult a qualified herbalist before using any plants.

savoyane

Threeleaf goldthread (Coptis groenlandica):
Traditional uses:
-To hasten delivery: drink an infusion of threeleaf goldthread
-To heal a canker sore: chew threeleaf goldthread.
-To have more appetite: make a threeleaf goldthread infusion, add sugar and reduce before drinking.
-Against asthma: chew threeleaf goldthread.
-For stomach aches: drink a threeleaf goldthread infusion.
-For weaknesses: Drink an infusion of American mountain ash, black spruce, bitter-berry and threeleaf goldthread OR drink an infusion of wild sarsaparilla’s roots, boxwood and threeleaf goldthread OR drink a “savoyane” (boil one pound of threeleaf goldthread and add a quart of whisky and a fourth of a pint of maple sugar).

Modern uses:
threeleaf goldthread is antiseptic, astringent and stomachic. It’s main use is to treat mouth problems and colds and for helping digestion. However it contains alkaloids and should not be use without the advice of a qualified herbalist.

Plantago Major

Broadleaf plantain (Plantago major):
Traditional uses:
-For burns: make an ointment by boiling plantain in lard. Cool and apply to the burn*.
-For boils: apply a poultice of plantain. You can also heat the cataplasm and add soap and sugar.
-For cuts: devein the plantain leaves, heat them over vapor and soak them in cod-liver oil. Wrap the limb in the leaves.
-To reduce swelling: apply a poultice of plantain.
-For stomach aches: drink a plantain infusion.
-For vaginal discharge: Infusion of plantain roots. The source doesn’t say if you should drink it or apply it locally, so it’s your choice I guess #yolo.
-For wasp stings: Poultice of plantain’s leaves.

Modern uses:
Plantain has alterative, anti-inflammatory, astringent and hemostatic properties. It’s mainly used to clean and purify, be it the skin, a wound, the blood, digestive track or the respiratory system. It relieves pain, stops bleeding and speeds up scarring over.

Burdock

Greater burdock (Arctium lappa):
Traditional uses:
-For weakness: drink an infusion of burdock’s root.
-For meningitis: drink an infusion of burdock.
-For whitlow: grind burdock’s roots between two grey stones, make a poultice with soap and apply to the infection.
-For rheumatism: Drink an infusion of burdock’s stem or apply a poultice made from the roots of a burdock and lard.
-To purify the blood: Drink an infusion of burdock stems.
-For tuberculosis: drink an infusion of burdock roots.

Modern uses: Burdock has antibacterial, antifungal, purgative and diuretic properties. It’s used for its purgative effect and its effect on the skin, as it supports the body’s eliminating functions which helps the excretion of toxins. There are some precautions to take if you plan to take the plant for an extended period of time. You should consult a qualified herbalist before taking the plant in high dosage or for a prolonged period of time.

quackgrass

Quackgrass (Agropyron repens or Elymus repens):
Traditional uses:
-For baldness: make an infusion of quackgrass, wash the afflicted person’s head and slather the scalp with olive oil.
-For stomach aches: drink a quackgrass’s root infusion.
-For kidneys troubles of rheumatism: drink an infusion of quackgrass’s roots.

Modern uses:
Quackgrass has antibacterial, antilithic, purgative, diuretic and emollient properties. This pant is mostly used for urinary disorders and liver engorgement. It brings humidity and movement and is useful in a case of dryness. This plant should be used with precaution and not for prolonged periods of time.

Yarrow

Yarrow (Achillea millefolium):
Traditional uses:
-For fever: drink an infusion of yarrow or apply hot leaves under feet.
-For kidney troubles: drink an infusion of yarrow.

Modern uses:
Yarrow has astringent, diaphoretic, digestive, febrifuge and hemostatic properties. It’s especially useful for that which touches blood or the vascular system as well as for digestion and the skin. It is known to stop bleeding and hasten the healing of wounds. Pregnant women should use with precautions. Consult a qualified herbalist before taking internally for a prolonged period of time.

*Despite the fact that we now know that we should never apply any kind of fat to a burn, ointments made from fat are extremely common in traditional healing.

Sources:
Frère Marie-Victorin. (1995). La flore laurentienne, troisième édition. Montréal: Les Presses de l’Université de Montréal. 1093 p.

ROUSSEAU, J et Raymond, M. (1945). Étude ethnobotaniques québécoises. Montréal, Université de Montréal, Contributions de l’institut botanique de l’Université de Montréal no. 55, 154 p.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

Le réseau de diffusion des archives du Québec. Clin d’oeil sur nos traditions: la Saint-Jean-Baptiste.

Found at: http://rdaq.banq.qc.ca/expositions_virtuelles/coutumes_culture/juin/st_jean_baptiste/clin_oeil_tradition.html

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