Appeler le Diable

Ce post a pris beaucoup de temps avant d’être écrit et nous voulons faire preuve de prudence en l’écrivant. Dans la Sorcellerie du Canada français, on rencontre plusieurs exemples de gens qui interagissent avec le Diable ou, comme on le connaît mieux, le Yâbe, qui est une entité puissante, mais subordonnée à Dieu (le Bonyieux) et aux Saints. Le Yâbe est le Diable folklorique qui remplit le rôle du trickster dans notre folklore. Le protagoniste peut souvent avoir le dessus sur le Yâbe, mais il s’agit quand même d’un récit de mise en garde. Ne faites pas d’erreur, le Diable est bien réel. Il était réel pour les anciens Canadiens français et est toujours réel pour nous jusqu’à aujourd’hui. Encore une fois, nous voulons être prudents et vous avisez que ce que nous proposons ici est pour vous donner des connaissances sur un sujet qui était important pour nos ancêtres. SI vous décidez d’utiliser ce qui est présenté ici dans votre propre cheminement en Sorcellerie, vous le faites en connaissance de cause. Assurez-vous de rester en sécurité, ayez un.e ami.e avec vous et ne faites jamais quoi que ce soit qui puisse vous mettre en danger et/ou blesser quelqu’un d’autre.

Nous vous présentons ici trois manières d’appeler le Yâbe, mais il en existe plusieurs autres. Nous croyons qu’en révélant ces rituels qui ont été réimaginés et revigorés par l’étude du matériel source disponible, nous pouvons démontrer la richesse et les nuances du travail magique qui peut être entrepris avec le Yâbe. À la discrétion de chaque Sorcier.ère.

Le Yâbe, qui était aussi connu sous le nom de Charlot (1), prenait généralement la forme d’une personne quand il interagissait avec des humains. Cependant, il y avait toujours des signes qui ne pouvaient pas être cachés, comme des cornes, des sabots, une queue ou autre caractéristiques reconnaissables (2). On croyait que le Yâbe était capable d’envoyer un fort vent qui gonflait les voiles des bateaux de pêche. C’était la coutume pour certains pêcheurs franco-terre-neuviens de s’assurer que leurs bateaux étaient bien protégés par des croix et des médailles de saints. Ceci assurait qu’aucune malchance ne s’abattrait sur eux alors qu’ils pêchaient. SI les vents n’étaient pas favorables, même après avoir fait l’aumône à l’Église pour avoir de bons vents… on disait que le Yâbe pouvait être appelé afin d’obtenir une bonne brise en lançant quelques pièces de monnaie à l’eau en les lui dédiant (3). Il était possible que certains s’opposent à une telle tactique, les vents pouvant arriver en une forte tempête, mais les bateaux étaient bien protégés avec ses croix et ses médailles. Alors dédier quelques pièces au Yâbe et les lui offrir pourrait être suffisant pour obtenir une faveur de Charlot, mais assurez-vous que vous porter votre plus belle croix et vos plus belles médailles pour contrer quelconque répercussion négative.

Une autre manière populaire d’appeler le Yâbe était avec l’aide du grimoire le Petit Albert. Ce grimoire datant du 18e siècle était bien connu en France et son contenu a rapidement commencé à circuler dans la population générale. C’était un excellent véhicule pour légitimer des croyances magiques qui aurait pu exister auparavant, ou encore pour légitimer des connaissances magiques qui ne se trouvaient même pas dans ce livre. Simplement déclarer qu’une pratique provenait du Petit Albert était souvent suffisant pour lui donner de la crédibilité. Ceci eu pour résultat que la Poule noire devint une manière puissante d’essayer d’obtenir des richesses quand toute autre manière de le faire était impossible ou n’avait pas fonctionné.

Selon les Anecdotes de Marius Barbeau, un certain Pierre Landry et un Leclerc dits Corbeau ont essayé indépendamment d’appeler le Yâbe en utilisant une poule noire (4). Toujours selon les anecdotes, il fallait amener une poule noire à un carrefour de quatre voies lors d’une nuit sombre, présumément à la nouvelle lune, pas avant 9h. En Beauce, on disait même que le rituel devait avoir lieu à minuit (5). Par la suite, on mettait la poule à l’enchère. On croyait que le Yâbe apparaîtrait et miserait sur la poule et paierait n’importe quel montant demandé par le ritualiste. On disait que l’on entendait des voix éthérées miser sur la poule et qu’avec le temps, le Yâbe lui-même viendrait la collecter. L’Église a bien sûr averti que, ce faisant, on vendait son âme au Diable, mais pour certains c’était un risque qu’ils étaient prêts à prendre.

Nous avons aussi une légende de la région de Saint-Laurent qui raconte que deux jeunes femmes, Agathe et Marie, se dépêchaient pour finir de traire les vaches pour pouvoir partir à la dance avec leurs beaux (6). Elles prirent leurs bancs et se mirent à la tâche.Au moment où les dernières gouttes tombaient dans leurs seaux, elles entendirent un gros chien japper. Pourtant, les chiens étaient gardés à l’intérieur lorsqu’elles faisaient la traite. Surprises, elles se retournèrent pour découvrir un gros chien et le Yâbe lui-même assis sur une roche, les regardant travailler. Il n’y avait pas de doutes, c’était bien le Diable.

En voyant ça, Agathe fit tomber son seau de lait chaud et parti à la course vers la maison. Peu de temps après, leurs beaux arrivèrent, et ils virent l’état de panique dans lequel se trouvaient les deux jeunes filles. Ce soir-là, personne n’alla à la danse et ils appelèrent plutôt le prêtre pour qu’ils viennent voir ce qui se passait. Arrivé à la pierre, on vit la trace des fesses du Yâbe, imprégnée dans celle-ci. Le prêtre bénit promptement la pierre.

Bien que cette légende n’est pas une leçon dans l’art d’appeler le Yâbe, mais elle donne des informations sur les conditions où il pouvait se manifester. Ici, on peut dire que le Yâbe et son chien furent attirés par la hâte d’Agathe et Marie. Aussi, l’occasion de faire peur au bétail était trop belle pour la manquer. La situation générale fut suffisante pour l’attirer et laisser derrière lui une marque distinctive de son passage dans la pierre.

Avec ces trois  exemples vastement différents en tête, nous pouvons définir trois manières d’appeler le Yâbe pour trois raisons différentes. Nous vous laissons imaginer vos propres rituels pour appeler le Yâbe de manière qui vous apparaît sécuritaire et bénéfique pour vous. L’information qui se trouve ici l’est pour vous guider dans votre voie magique et ne devrait pas être prise comme une limite sur votre pratique magique. 

Par exemple, si l’on veut essayer la première manière décrite ci-dessus, vous pouvez inciter le Yâbe à causer des tempêtes de vent en lui offrant simplement quelques pièces de monnaie qui lui sont dédiées. Voici un exemple de rituel qui peut être développé:

En ayant sur vous une croix et des médailles de saints, rendez-vous aux abords d’une étendue d’eau avec les poches remplies de pièces et dites : “Vieux Charlot, je te donne ces pièces qui ne sont que pour toi, maintenant puisses-tu causer la plus splendide des tempêtes!”. Jetez les pièces de monnaie dans l’eau.

Souvenez-vous, soyez toujours prudent!


This post has been a long time coming and is one which we wish to proceed with using caution. In French Canadian Sorcellerie, we encounter many examples of people interacting with the Devil – or as we know him le Yâbe – who is understood to be a powerful entity subordinate to God – le Bonyieu – and the saintly powers, yet he is still immensely powerful all the same. Le Yâbe is the proverbial “folk” Devil who fulfils a trickster role in our folklore, oftentimes being outsmarted by the protagonist of a tale, but in all ways he is a cautionary figure. Make no mistake, the Devil is real. He was real to early French Canadians and has continued to be real to us up to our time. Again, we want to be cautious and to caveat this post by saying that the information we are providing is for informational purposes, should you choose to use what is presented here in your own Sorcellerie journey, do so on your own accord. Make sure you remain safe and secure, have a buddy and never ever do anything that could put you in physical harm or cause harm to others. 

We present here three ways in which the Yâbe was summoned to the Sorcier.e. These are but three ways out of many many others. We feel that in revealing these rituals, which have been reimagined and reinvigorated through the study of the available material, we can show the depth and nuance to the magical work which can be undertaken in concert with le Yâbe. Sorcier.e discretion is advised…

Le Yâbe, who was also known among French Canadians as Charlot (Charlie) (1), is said to most often take the shape of a person when interacting with humans. However, there is always some characteristic about him which cannot be hidden. Such as horns, hooves, a tail or some other identifiable mark (2). The Yâbe was also believed to send a strong wind necessary to fill the sails of fishing boats. As was the custom for some Franco-Newfoundlanders, they would ensure that their boats were well protected with crosses and saints’ medallions. This would ensure that no bad luck would visit upon them while out fishing. If the winds were not favourable, even after having given alms to the church for good winds… It is said that the Yâbe could be summoned forth, to give a swift breeze by tossing into the water below a few coins dedicated to the Devil (3). Now, some may have argued against this, as the winds could come in as a strong storm, yet the boats were well protected with their crosses and medallions. Thus, dedicating a few coins to the devil and offering them to him may well be enough to exact a favour from Charlot, but always make sure you are sporting your finest crosses and medallions to counter any blow-back you may encounter as a result. 

Another popular means of summoning le Yâbe was through the use of the Petit Albert grimoire. This 18th century grimoire was well known in France and its contents began to circulate at all levels of society in no time. It was a great vehicle for granting legitimacy to magical beliefs which may have existed prior to the book itself, or to magical knowledge which wasn’t even found in the grimoire but could be said to be. Just claiming a practice was from the Petit Albert was oftentimes enough to make it legitimate. As a result, the Poule noir (Black Pullet) became a powerful means by some to try and win riches for themselves when all other means of wealth acquisition were impossible or exhausted.  

According to the Anecdotes collected by Marius Barbeau, one Pierre Landry and another Leclerc dit Corbeau independently  tried to summon le Yâbe through the use of a black chicken (4). According to the Anecdotes, the summoner would take a black chicken to a four-way crossroads on a dark night (presumably the dark moon), no earlier than 9pm – in the region of Beauce, it is at midnight this is done (5) – and then, they were to offer the chicken up at an auction. It is believed that le Yâbe will come and make and bid on the chicken and will pay whatever price the summoner requests. Whether that be a dollar or a million dollars. It is said that you will hear ethereal voices making bids on the chicken and that in time, le Yâbe himself will come to collect it. The church obviously warned the people that by doing this they were selling their souls to the Devil… but for some, it was a risk that they were willing to take.

We have a legend from the St-Laurent region which tells of two young women, Agathe and Marie, who were hurrying up with their milking chores before they could leave for a dance with their beaus (6). They got their stools and milking pail, set themselves up and began milking away. Then, as soon as they had finished and the last dribble of milk feel into the pail, they heard the barking of a large dog. They were known to keep their dog indoors while milking the cows so as not to scare the cows away if the dog took to bark. So, surprised they turned around and lo and behold there was a large dog and the Yâbe himself sitting on the rock nearby staring at them as they worked. He was unmistakably the Devil. 

At this sight, Agathe let out a scream and dropped her pail of warm milk and went on a mad dash home. Soon after their beaus arrived, earlier than expected, and they saw what the young women had gone through, the panic they succumbed to. That night no one went to the dance and they called the local priest to come over and take a look. They saw that in the stone there was a distinct butt-print that was left behind by the Yâbe, which was then promptly blessed by the priest. 

This legend in and of itself is not a lesson in summoning the Yâbe, but it lays out the conditions under which he may manifest. Here, we can say that he and his dog were attracted to the haste with which Agathe and Marie were undertaking their chores so that they could go off to the dance with their beaus. Likewise, the opportunity to frighten the cattle was probably too attractive to him to pass up. Thus, the overall situation was enough to summon him forth, then leaving a distinctive mark of his presence on the stone. 

So with these three examples in mind, which are vastly different from the other, we can define three unique means to summon le Yâbe for three distinct purposes. We leave it up to you – the Sorcerous reader – to come up with your own rituals to summon le Yâbe in a manner you feel is safe and beneficial to your needs. The information provided here can help guide you in your craft and should not be taken as hard limits on your own magical practices. 

As an example, if one wishes to engage in the  first identified means, you can be enticed le Yâbe to cause severe winds through a simple offering of dedicated coins. Here is just one possible ritual among others you could develop and perform:

Clad with a cross and saints’ medallions, go to a nearby body of water with a fist full of coins and say: “Old Charlie, to you I give these coins in all due form, now may you cause to rise a most splendid storm!” (toss coins into the water)

Remember, always practise safe summoning!


(1) Barbeau, M. Anecdotes Populaires du Canada. Première Série. Journal of American Folklore, Vol. 33, No. 129 (Jul. – Sep., 1920) p. 193.

(2) Butler, Gary R. Histoire et tradition orales des Franco-Acadiens de Terre-Neuve. Québec. p. 119

(3) ibid. p. 62

(4) Barbeau, M. Anecdotes Populaires du Canada. Première Série. Journal of American Folklore, Vol. 33, No. 129 (Jul. – Sep., 1920) p. 232-233

(5) Dupont, Jean-Claude. Légendaire de la Beauce. Québec  p. 8

(6) Dupont, Jean-Claude. Légends des villages. Sainte-Foy, Québec 1987 p.32-33

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