Le feu

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Le feu, cet élément primordial, est une force capable autant de créer que de détruire. Dans le folklore canadien-français, il est bien plus qu’un simple phénomène physique : c’est une force vivante, à la fois magique et imprévisible, parfois divine, parfois… près de l’hérésie. On le retrouve dans les récits d’esprits errants, de sorcellerie et de légendes rurales, où le feu danse toujours à la limite entre le monde visible et l’invisible.

Autrefois, dans les maisons, le feu était sacré. Il donnait la chaleur, la lumière et la nourriture. Mais son pouvoir allait bien au-delà du côté pratique. On croyait vraiment que si un enfant perdait une dent et qu’un chien ou un cochon la mangeait, la dent qui repousserait serait celle de l’animal qui l’avait avalée. Pour éviter ça, on ne laissait pas traîner les dents n’importe où — surtout au Nouveau-Brunswick, chez les Acadiens. Pour être sûr que la bonne dent repousse, on lançait l’ancienne dans le feu, où elle était avalée par les flammes (1). Cette croyance existait aussi en Angleterre, où elle était très répandue, mais au Nouveau-Brunswick, le foyer avait plus de pouvoir que la fée des dents.

Le feu avait aussi un côté prophétique. En Gaspésie, on disait que rêver de feu (certains précisaient : de feu sans fumée) annonçait un événement heureux à venir (2). Cela dit, ne vous faites pas trop d’illusions, puisqu’une autre source affirme que rêver de feu est un présage de mort (3)… À moins que rêver d’un feu sans fumée annonce la mort d’un terrible ennemi mortel, il est difficile de savoir de quel côté penche l’augure. Cinquante-cinquante, ce sont quand même de bonnes chances à notre avis !

Encore au Nouveau-Brunswick, on disait que si une allumette brûlait jusqu’au bout et tombait dans la main, vous étiez destiné.e.s à vous marier dans l’année. Mais si elle tombait par terre, vous ne vous mareriez pas (4). Est-ce que ça veut dire jamais ? Le récit ne le précise pas. Et il ne dit pas non plus si le mariage doit absolument avoir lieu dans l’année… sans quoi…. On soupçonne ici un lien avec le soufre, dont on a parlé ici.

« Une manière de garder le Yâbe loin de nous est de nous entourer d’un cercle de soufre. Cette technique était premièrement utilisée lors de la recherche de trésor, mais peut être adaptée à aujourd’hui. Personnellement, je laisserais le soufre de côté, car plusieurs composés soufrés sont nocifs pour la santé humaine. Je préconiserais de petites quantités de soufre comme celle contenue dans les allumettes. Il est possible de tracer un cercle de protection en brûlant des allumettes pendant notre trajet.. »

Laisser tomber une allumette consumée dans la main pourrait bien offrir la même protection que de tracer un cercle de soufre pour tenir le Yâbe à distance. De cette manière, il est aussi possible que le Yâbe n’interfère pas avec votre capacité à vous marier. Mais encore une fois, il ne s’agit là que de notre spéculation.

Enfin, il existait la croyance selon laquelle le septième enfant (et, pour une fois, pas seulement le septième fils…) possédait le don d’arrêter le feu (5). Pour en savoir plus sur ces dons, nous vous invitons à lire notre article sur les arrêteurs de sang. Les arrêteurs de feu, tout comme les arrêteurs de sang et autres personnes dotées de dons particuliers, étaient essentiels à la vie dans la société canadienne-française avant la proximité des médecins et des pompiers.

Conclusion

Dans le folklore canadien-français, le feu n’est jamais passif. On l’observe, on le lit, on le respecte. Il consume ce qu’on lui offre, mais ce faisant, il transforme, protège, avertit et révèle. Qu’il protège l’avenir dentaire d’un enfant, qu’il offre des aperçus de joie ou de mort à travers les rêves, qu’il marque la possibilité d’un mariage par une allumette tombée, ou qu’il serve de frontière contre le Yâbe, le feu demeure profondément tissé dans la trame spirituelle du quotidien.

L’âtre était un lieu de magie autant que de nécessité, où de petits gestes portaient de grandes significations, et où l’on consultait les flammes aussi naturellement que l’on récitait des prières. Même les individus dotés du pouvoir d’arrêter le feu témoignent de cette relation intime. Dans un monde dépourvu de protections modernes, ces traditions formaient des systèmes vivants de croyances qui offraient réconfort, protection et ordre.

Le feu, dans la sorcellerie canadienne-française, n’est jamais qu’un simple élément. C’est une voix. Et pour ceux et celles qui savent écouter, elle parle encore.


Fire, that primal element, is a force which can create as much as destroy. In French Canadian folklore, it is far more than a physical phenomenon, it is a living force which is at once magical and unpredictable, sometimes divine, at other times… unholy. Found in tales of restless spirits, sorcellerie, and rural legend, fire dances on the edge between the visible world and the unseen.

In homes, in days of yore, fire was always sacred. It gave warmth, light, and nourishment. But its power extended far beyond practicality. There was a real fear that if a child lost a tooth and that the tooth was eaten by a dog or a pig, that the tooth to grow in would be from that animal that ate it. To prevent this, teeth couldn’t just be left laying around – especially in New Brunswick, among the Acadiens. To ensure that the right tooth grew in, the old one was tossed into the fire and consumed by the flames (1). This fear was also known in England, being very common, but in New Brunswick, the hearth was mightier than the Tooth Fairy.

Fire was also prophetic, as we learn from Gaspésie, in that if you dream of fire (some saying fire without smoke), then there would be some joyous event coming your way (2). But, I wouldn’t get my hopes up as, another source claims that to dream of fire is a portent of death (3)… so unless dreaming of a smokeless fire will lead to the death of some horrible mortal enemy… it’s hard to know which way the fire dream portent will fall? 50/50 are still pretty good odds we think!

Again, in New Brunswick, if a match burns until it goes out. If it falls into your hand, you are supposed to get married within the year. But if it falls to the ground, you will not get married (4). Not sure if this is that you will never get married? Nor does it stipulate that you have to get married within the year… or else. We suspect that there is a nod here to sulphur, which we spoke about here.

‘One means to keep the Yâbe at bay is to cast a circle of sulfur around yourself. This technique was first used in the hunt for hidden treasure, but can be adapted to modern uses today. Personally, I would leave the sulfur aside, as many of the components to sulphur are harmful to humans. I would therefore use a small quantity of sulfur about the size of a match head. It is possible to cast a circle of protection by burning matches along one’s journey.’

Dropping a burned out match into the hand may well offer the same protection as casting a circle of sulphur to keep the Yâbe at bay. In this way, it is also possible that the Yâbe will not interfere with your ability to marry. But again, this is our speculation. 

Lastly, there is the belief that the seventh child (for once, not just the seventh son…) had the don (gift) to stop fire (5). For more on these dons, please go read our post on Bloodstoppers. Firestoppers, as much as Bloodstoppers and other types of gifted persons were essential to life in French Canadian society before there were doctors and firefighters in proximity. 

Conclusion

Fire, in French Canadian folklore, is never passive. It is watched, read, and respected. It consumes what is given to it, but in doing so it transforms, protects, warns, and reveals. Whether it is safeguarding a child’s future teeth, offering glimpses of joy or death through dreams, marking the possibility of marriage with a fallen match, or standing as a boundary against the Yâbe, fire remains deeply woven into the spiritual fabric of daily life.The hearth was a place of magic as much as necessity, where small acts carried great meaning and where flames were consulted as readily as prayers were spoken.

Even the gifted individuals who could halt fire speak to this intimate relationship. In a world without modern safeguards, these traditions were living systems of belief that offered comfort, protection, and order.

Fire in French Canadian Sorcellerie is never just an element. It is a voice. And for those who know how to listen, it still speaks.


Bibliographie

  1. Croyances et pratiques populaires au Canada français, DesRuisseaux, Montréal, 1973, p.14 
  2. Ibid, p. 105
  3. Ibid, p. 107
  4. Ibid, p.137
  5. Ibid, p. 177

Crédit photo: Patrick Hendry

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