Les quêteux

English will follow

Il existe une catégorie de personnes qui étaient réputées comme ayant des pouvoirs magiques: les quêteux. Les quêteux se promenaient d’un village à l’autre demandant gîte et couvert aux habitants. Vous pouvez trouver sur le marché de seconde main des « bancs de quêteux » antiques qui consistent en un banc dont le siège pouvait se lever. Certains étaient extrêmement simples et d’autres pouvaient être très ornés. Ce banc était placé dans l’entrée et c’est à cet endroit que dormaient les quêteux. Au Québec, on appelle encore les bancs de ce style des bancs de quêteux ou des quêteux même si leur construction est récente. 

Mon père me contait que le quêteux était apprécié, car il apportait les nouvelles et les rumeurs avec lui. Il a cependant passé sous silence tout le côté sorcier lié aux quêteux. 

Les quêteux avaient la réputation de pouvoir lancer des sorts et s’en prenaient généralement aux gens qui manquaient de charité ou de respect envers eux et les histoires de sortilèges sont extrêmement nombreuses. Bien que l’on connaisse parfois leur nom, le plus souvent le quêteux est anonyme, un visage fugitif donc les actions marquent les habitants d’un village plus que leur existence. Les quêteux semblent se fondre les uns dans les autres au fil des histoires. 

Voici quelques exemples du type de sortilège que les quêteux pouvaient jeter:

Une dame refuse de donner du lait à un quêteux après qu’il lui ait demande expressément. Elle voit alors ses vaches lui donner du lait caillé. On doit faire appel au curé pour lever le sort.

Une femme nous indique que les quêteux peuvent vous donner des poux et des souris.

Un homme qui refuse la charité à un quêteux voit sa maison remplie de poux. Il ne peut s’en débarrasser pendant des années jusqu’à ce qu’un jeune sorcier rencontré au hasard vienne lever le sort.

Un quêteux, après avoir été mis à la porte d’une maison, souffle sur un enfant qu’il rencontre en chemin. La tête de l’enfant se trouve immédiatement remplie de poux.

Un quêteux offre aux gens de libérer leurs maisons des souris et des rats en échange d’un logis et d’un repas. Un homme lui refuse la charité en utilisant comme excuse qu’il aime ses souris et ses rats. Le quêteux remplit sa maison de rongeurs. 

De jeunes filles qui rient d’un quêteux en l’invitant à une soirée, mais refusent de danser avec lui, se retrouvent à ne plus être capable de cesser de danser. On fait venir le curé qui lève le sort, mais le contre-sort de celui-ci ne prendra effet que quelques heures plus tard, à minuit. Une des deux jeunes filles meurt d’une pneumonie quelques jours plus tard et l’on blâme le fait qu’elle soit sortie dans l’air froid couverte de sueur après que le sortilège du quêteux se soit dissipé. 

Des jeunes filles versent de la térébenthine diluée sur le ventre d’un quêteux qui dort chez elle. Le quêteux s’en va en les maudissant et elles commencent à se sentir mal. Le lendemain, elles sont complètement “transportées”. Elles se griffent le visage, se pendent aux poutres de la maison et essaient par tous les moyens de rejoindre le quêteux, si bien qu’on doit les restreindre physiquement. Pour les désenchanter, le curé exige qu’on les amène au presbytère. On doit les attacher à la carriole pour le voyage tellement elles se débattent. Le curé réussit à lever le sort, mais ça lui prendra trois ou quatre voyages. 

Malgré que les quêteux vive en marge de la société, que l’on ne lui donne que peu d’importance, ses sortilèges étaient puissants. Ils étaient les seuls à pouvoir les retirer, à l’exception des curés et parfois quelques autres sorciers. Comme en témoigne le dernier exemple, les curés pouvaient tout de même avoir de la difficulté à lever le sort d’un quêteux. 

Les sorts des quêteux semblent parfois se mélanger avec des histoires pouvant être trouvées dans les contes. Par exemple, celui qui a le pouvoir de faire bouger les rats et les souris à sa guise rappelle le joueur de flûte de Hamelin. 

Étant un être vivant aux limites de la société, il n’est pas surprenant de le voir traverser du folklore aux contes.


Un exemple dans les contes : 

Dans les contes « Le Quêteux » racontés par Mme J-B. Lambert, qui a été publié dans le Journal of American Folklore en 1923 par Gustave Lanctot, nous trouvons toutes les marques importantes des croyances attachées à la personne du quêteux. Mme Lambert était canadienne de naissance, mais est partie vivre au Rhode Island dans sa jeunesse. Lanctot remarque que celle – ci inclut souvent dans ses contes divers êtres merveilleux – que nous avons appris à connaître dans notre tradition sous le nom de Malices – tels que des géants, des ogres, des nains et d’autres créatures de ce genre.  

Dans ce conte, nous rencontrons un père, une mère et leurs trois filles qui entendent cogner à la porte. Lorsqu’on ouvre, sur le perron se trouve un quêteux qui semble attendre qu’on le nourrisse. La mère demande à la fille qui a ouvert la  de donner à l’homme une mesure de farine. Elle ne peut le faire elle-même,car elle est alitée et trop malade. Cette farine n’est cependant pas ce que le quêteux est venu chercher. Rapidement, il jette la farine et jette la fille sur son épaule et l’enlève. Le père poursuit le méchant, mais l’homme disparaît sans laisser de trace. Comme dans tous les bons contes, cette séquence est répétée trois fois et le quêteux arrive à enlever les trois soeurs 

Il est révélé que le quêteux n’est pas un simple homme, mais plutôt un ogre. Il emmène ses victimes dans son château au fond des bois. Là, il propose aux sœurs, l’une après l’autre, de devenir sa reine… mais elles ne doivent jamais ouvrir la pièce secrète. La troisième sœur, la dernière à être enlevée, profite de l’occasion pour examiner la pièce lorsque l’ogre-quêteux part pour la journée. Elle ouvre la porte secrète et découvre avec horreur les cadavres des autres jeunes femmes et ceux de ses sœurs. Elle s’enfuit, terrorisée, et arrive dans une des cours du jardin. Là, une voix lui dit de soulever une pierre blanche et qu’elle trouverait en dessous un onguent spéciale qui laverait le sang de ses mains. La petite voix lui dit également qu’elle pourrait faire revivre ses sœurs avec cet onguent si elle le frottait sur leurs cadavres.

La troisième sœur, aussi intelligente qu’elle était, prépara quelques grandes boîtes. Elle demanda à l’ogre-quêteux, à son arrivée, de faire porter à ses parents l’une des boîtes qui, disait-elle, était remplie de vêtements et de nourriture. Elle s’inquiétait que ses parents ne soient pas en mesure de subvenir à leurs besoins. A contrecœur, l’ogre a porté la boîte chez ses parents et l’a laissée sur le perron. Trois coups à la porte et après trois coups à porte et il était parti. Il était loin de se douter qu’il avait ramené une des sœurs, maintenant réanimée, à la maison. La plus jeune des soeurs pousse l’ogre à aller porter des boites similaires deux fois de plus. La dernière fois, elle est montée elle-même dans la boite. L’ogre-quêteux les avait ramenées, elle et ses sœurs, à la maison. Lorsqu’il est parti la troisième fois pour retourner à son château dans les bois, il a été suivi par un certain nombre d’hommes du village. Bientôt, sachant maintenant où se trouvait le monstre, ils encerclaient sa maison. Les villageois l’ont alors fait sortir et l’ont écartelé devant les portes du château. 

Ce conte a un certain nombre de morales qui lui sont attribuées. D’abord, nous trouvons la croyance que le quêteux avait des pouvoirs surnaturels et qu’il fallait l’apaiser. Deuxièmement, on dit aux jeunes femmes qu’elles doivent se méfier et craindre les étrangers, de peur qu’un tel étranger ne les enlève et ne leur fasse du mal. Nous y trouvons aussi la croyance aux onguents miraculeux qui occupent une place importante dans la croyance populaire canadienne-française, qu’ils soient rencontrés dans des contes fantastiques ou dans les pages de textes de médecine populaire. 

En conclusion, il est certain que le quêteux était une figure sorcière importante, non seulement dans l’imaginaire public, mais aussi un facteur réel dans la vie quotidienne. Le quêteux était une personne marginalisée (jusqu’à ce jour), mais le pouvoir qu’il possédait était considéré comme un moyen d’assurer que la société reste charitable envers les moins fortunés. En cultivant une aura de pouvoir, qui visait spécifiquement ceux qui pouvaient être avares de leurs aumônes, le quêteux est devenu un symbole important de la société charitable. Il est presque certain que personne ne choisissait la vie de quêteux, mais si quelqu’un tombait dans cette situation, la société s’assurait qu’il avait un moyen de subvenir à ses besoins. La peur de déplaire aux quêteux – et d’être maudit – était palpable.


There is a segment of people who were reputed to have magical powers: the quêteux (beggars). The quêteux went from one village to another asking for food and shelter. On the second hand market, to this day, you can still find antique « beggar’s benches » which consist of a bench with a seat which can be raised. Some were extremely simple in design while others could be very ornate. This bench was placed in the entrance of a home and this is where the quêteux slept. In Québec, benches of this style are still called « bancs de quêteux » or simply  » des quêteux » even though they may be of a more recent construct. 

My father used to tell me that the « quêteux » was appreciated because he brought the news and rumors along with him. However, he left out the whole witchy side of beggars.

Quêteux were known to be able to cast spells and usually attacked people who were uncharitable or disrespectful to them. The stories of these curses are extremely numerous. Although their names are sometimes known, most often the quêteux is anonymous, a generic face whose actions mark the inhabitants of a village more than their existence. The quêteux seem to blend into each other as the stories progress.

Here are some examples:

A lady who refuses to give milk to a quêteux, who specifically asks her, has her cows give her curdled milk. The priest must be called in to lift the spell.

A woman tells us that quêteux can give you lice and mice.

A man who refuses charity to a quêteux sees his house filled with lice. He can’t get rid of them for years until a young sorcerer he meets at random comes to lift the spell.

A quêteux who is kicked out of a house blows on a child he meets along the way. The child’s head is immediately filled with lice.

A quêteux offers to rid people’s homes of mice and rats in exchange for a place to stay and a meal. A man refuses him charity, using the excuse that he loves his mice and rats. The quêteux fills his house with rodents.

Young girls who laugh at a quêteux and invite him to a party, but refuse to dance with him, find themselves unable to stop dancing. The priest is called in and lifts the spell, but the counter-spell does not take effect until a few hours later, at midnight. One of the two girls dies of pneumonia a few days later and is blamed for going out into the cold air all  sweaty after the quêteux’s spell wears off. 

Some young girls pour diluted turpentine on the belly of a quêteux who is sleeping in their house. The quêteux leaves cursing them and they start to feel ill. The next day, they are completely « taken over ». They scratch their faces, hang from the beams of the house and try everything to get to the quêteux, so they have to be physically restrained. To disenchant them, the priest demanded that they be brought to the rectory. They had to be tied to the cart for the trip because they struggled so much. The priest managed to lift the spell, but it took him three or four trips thereto to cure them.

Although the quêteux lived on the periphery of society and were not given much importance, their spells were powerful. They were the only ones who could remove them, with the exception of priests and sometimes a few other sorcerers. As the last example shows, the priests could still have difficulty removing a quêteux’s curse.

The spells of the quêteux sometimes seem to be mixed with stories that can be found in the contes. For example, the one with the power to make rats and mice move at will is reminiscent of Hamelin’s Pied Piper.

Being a person living on the margins of society, it is not surprising to see the quêteux cross over from folklore to folktale.


An example from the contes: 

In the contes “Le Quêteux” recounted by Mme. J-B. Lambert, which was published in the Journal of American Folklore in 1923 by Gustave Lanctot, we find all the important hallmarks of the beliefs attached to the quêteux persona. Mme. Lambert was a Canadian by birth, but moved to Rhode Island in her younger years. It is remarked by Lanctot that she often included in her tales various beings – who we have come to know in our tradition as les Malices – such as giants, ogres, dwarves and other such creatures.   

In this tale, we meet a mother and father and their three daughters who hear a rap at the door. When the door is opened, on the stoop there is a quêteux who seems to be awaiting some morsel. The mother instructs the daughter who opened the door – from her bed as she was too sick to answer herself – and give the man a measure of flour. This flour is not what he had come for, swiftly he throws it aside and takes the daughter over his shoulder and steals her away. The father chases after the fiend, but the man disappears seemingly without a trace. As with all good contes, this sequence is repeated three times. 

It is revealed that the quêteux is not a mere man, but rather an ogre. He steals away his victims to his castle in the woods. While there he offers the women, one after the other, to be his queen… but they must never open the secret room. The third sister who was the last to be taken away, takes the opportunity to investigate the room when the ogre-quêteux leaves for the day. She opens the secret door and to her horror within, she finds the corpses of the other young women and those of her sisters. She runs away in terror, coming to a certain courtyard in the garden. There, a voice tells her to lift a white stone and beneath it she would find a special ointment that would wash the blood off her hands. The little voice also told her that she could revive her sisters with the ointment if she were to rub it upon their corpses.

The third sister, as clever as she was, made a few large boxes ready. She asked the ogre-quêteux upon his arrival to carry one of the boxes to her parents which she said were filled with clothing and food. She worried that her parents were not able to provide for themselves. Reluctantly he carried the box to her parents’ and left it on the stoop with three raps at the door, he was gone. Little did he know he had carried her sister, now revived, back home. This she tricked him into doing twice more. The last time, she climbed in herself. The ogre-quêteux had carried her and her sisters back home. As he left the third time to return to his castle in the woods, he was followed by a number of men from the village. Soon, now knowing where the monster could be found, they surrounded his house. The villagers then drew him out and quartered him before the castle doors. 

This conte has a number of morals ascribed to it. For one, we find the belief that the quêteux had supernatural powers and was to be appeased. Secondly, the real important fear that young women should be wary of strangers, lest such a stranger carry them off and harm them. We also find therein the belief in miraculous ointments which have been an important part of French Canadian folkbelief, whether they are secreted in fanciful contes or in the pages of folk-medical texts. 

To conclude, it is a certainty that the quêteux was an important sorcerous figure, not only in the public imagination, but likewise a real factor in everyday life. The quêteux was a marginalized person (up to this day), yet the power they possess was seen as a means to ensure that society remained charitable towards those less fortunate. By cultivating an aura of power, which was specifically targeted towards those who may be miserly in their alms, the quêteux became an important symbol for charitable society. It is almost certain that no one chose the life of the quêteux, but if one fell upon those circumstances, society ensured that they had a means to support themselves. Fear of displeasing the quêteux – and getting cursed – was palpable.

Sources:

BARBEAU, Marius. Anecdotes Populaires du Canada. Première Série. The Journal of American Folklore, Vol. 33, No. 129 (Jul. – Sep., 1920). p. 173-297

LANCTOT, Gustave. Contes Populaires Canadiens. Quatrième Série. The Journal of American Folklore , Jul. – Sep., 1923, Vol. 36, No. 141 (Jul. -Sep., 1923), pp. 205-272

MAINVILLE, Alain. Analyse et interprétation de certaines manifestations de sorcellerie dans le folklore québécois. Mémoire de maitrise. Université du Québec à Montréal. 1979

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134. 389 p.

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