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Cette semaine nous plongeons dans le monde des nombres magiques et nous commençons par un plutôt évident, le trois.
Le trois est régulièrement utilisé en médecine populaire, que ce soit trois gorgées d’une infusion prise trois fois par jour ou encore un membre enroulé dans trois brins de laine ou encore de piquer trois fois un hameçon sur lequel on s’est blessé afin d’éviter que la plaie ne s’infecte.
Le trois est aussi important dans les rites funéraires, car la plupart du temps, le corps du défunt passait trois jours et trois nuits à être veillé avant les funérailles.
De plus, si le corps est “sur les planches” le premier dimanche du mois, ce sont trois personnes de la paroisse qui périront dans le mois suivant.
Dans les présages, le trois est un peu moins présent, mais on y retrouve le très répandu “le trois fait le mois”, présage selon lequel la météo le 3 du mois reflète celle qui se sera prévalente pour le mois à venir. Ce présage est très répandu dans le Canada français.
Un autre présage sur lequel je suis tombée concerne trois lampes qui seraient allumées sur une même table par hasard. Dépendant de la région, ceci peut annoncer un mariage ou un décès dans l’année.
Il existe tellement d’exemples du nombre trois dans les contes qu’il serait impossible de tous les lister. Il est si communément rencontré que l’on peut dire que dans les contes, comme dans les récits trouvés partout au monde, le chiffre trois est le plus puissant. Lorsque l’on parle de trois personnes, l’on peut parler d’un roi, un père ou un autre patriarche qui a trois fils ou trois filles. Parfois c’est l’antagoniste qui vient par trois, comme les trois géants qui causent tellement de désagréments à Petit-Jean dans le conte « Le dragon de feu » (1). Dans cette histoire, les géants apparaissent un par un, l’un toujours plus grand que l’autre. Le premier fait dix pieds de haut, le deuxième, vingt et le troisième fait trente pieds de haut. Il est intéressant de noter que la grandeur de ces géants est séquentielle, 10, 20, 30, et que cela fini par la multiplication de dix par trois.
C’est souvent les items magiques qui viennent à Ti-Jean qui sont groupés par trois. Parfois les objets sont identiques, mais leur qualité s’améliore d’un à l’autre. On peut aussi compter par trois les défis que le héros doit conquérir pour gagner un prix. Ces défis peuvent aussi être placés en ordre de difficulté. C’est le cas dans le conte « Ti-Jean, les chevaux et la Bête-à-sept-tête » (2) où Ti-Jean doit compléter trois défis chevaleresques, monté sur des chevaux magiques, l’un plus difficile que l’autre.
Le trois est aussi employé lorsque le héros, encore généralement Ti-Jean, se déplace d’un endroit à l’autre. Le terme “marche” est généralement triple: “marche, marche, marche”. Ceci est une excellente technique en tradition orale, car on peut simuler le temps qui passe lorsque le héros voyage sans rencontrer d’obstacles. Parfois, c’est alors que le héros quitte leurs maisons… et tout semblant de normalité, pour arriver dans une forêt enchantée ou une autre terre. Ce concept, qui est probablement une ancienne technique de conte, en est aussi une magique et puissante qui peut être employée pour qu’un praticien puisse traverser du mondain à l’enchantement. C’est ce que nous avons fait dans notre propre tradition de voyage.
This week we take a first dive into magical numbers. We started with a pretty obvious one, the number three.
Three is regularly used in folk medicine, whether it’s taking three sips of an infusion three times a day, wrapping a limb in three strands of wool or pricking with a fish hook, with which one was injured, three times to prevent the wound from becoming infected.
Three is also important in funeral rites, because most of the time, the body of the deceased was waked for three days and three nights before the funeral.
What’s more, if the body is ‘on the slabs’ first Sunday of the month, three people from the parish will die in the following month.
In omens, the word ‘three’ is used a little less frequently, but there is the very common ‘three makes the month’, an omen according to which the weather on the 3rd of the month reflects the weather that will prevail in the month to come. This omen is very common in French Canada.
Another omen I came across involved three lamps being lit on the same table by chance. Depending on the region, this could herald a marriage or a death within the year.
We can also find a good number of threes in the contes (folktales):
There are so many instances in the contes of the number three, that it would be not only impractical to list them all out, but also improbable. And they are so ubiquitous that it can be said that, in the contes, as in all narrative tales worldwide, the number three is the most powerful number enumerated. As “three” relates to persons, we have many instances where a king, a father or some other patriarch has three sons or daughters. Sometimes it is the antagonist(s) who come in threes, such as the three giants who cause such grief for Petit-Jean in Le Dragon de Feu (1), here three three giants, one by one come in ever increasing sizes. The first is ten feet tall, the next twenty and the third is thirty. It is interesting that in this, the three giants hights are sequential – 10, 20, 30 – and ending in thirty which is ten times three.
There are often three magical items that Ti-Jean (or another hero) gets their hands on. Sometimes these three objects are the same thing, but each subsequent one is better than the first. The number three can also be the number of challenges the hero has to overcome to win a specific prize, to become king or something similar. These challenges can also be in orders of magnitude harder as each one is succeeded. This is the case with the conte Ti-Jean, les chevaux et la Bête-à-sept-têtes (2), where Ti-Jean has to complete three knightly challenges atop his magical horses, each horse and each challenge more difficult than the other.
Three is also employed when the hero, again usually Ti-Jean, is travelling from one place to another. The term “marche” (walk) is usually triplicated as “marche, marche, marche.” (walk, walk, walk). This is a great story telling technique in oral traditions as it can denote that much time has passed while travelling, without any action taking place. Sometimes, this is when the hero leaves their home and… all normalcy… to then arrive in an enchanted forest or some other land. This concept, which is likely an ancient story telling technique is also a powerful sorcerous one as well which can be employed for transitioning a practitioner from the mundane world to the enchanted. This is what we have done in our own tradition of le voyage.
(1) – Barbeau, C.-Marius. “Contes Populaires Canadiens. Première Série.” The journal of American Folklore 29, no. 111 (Jan-Mar., 1916): p. 31-41
(2) – ibid p. 41-45
Desruisseaux, Pierre (1976). Magie et sorcellerie populaire au Québec. Montréal, les Éditions Triptyques. 205 p.
Doyon, Madeleine. Rites de la mort, dans la Beauce. The Journal of American Folklore, 1954, Vol. 67, No. 264, Canadian Number (Apr. – Jun.,1954), pp. 137-146
Roy, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.
Séguin, R.-L. (1971). Le présage dans la littérature orale d’une famille québécoise. Les Cahiers des dix, (36), 163–17
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