Sainte-Anne

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Publié originellement dans Wyntergrene edition Lughnasad 2019


Dans notre démarche pour ramener la magie folklorique du Canada français dans le monde d’aujourd’hui, nous avons essayé le plus possible d’évacuer le contexte catholique dans lequel elle a prospéré. Il est cependant impossible de l’éliminer complètement ni est-ce recommandable. Ceci rendrait ce courant spirituel détaché de ses racines, à la dérive, rendant difficile le contact avec les ancêtres .

Une des jonctions avec le catholicisme que nous croyons essentiel de garder est le culte de Sainte Anne. Sainte Anne est une figure controversée du christianisme.  Nulle part dans le Nouveau-Testament il n’en est mention. L’histoire de la conception de Marie a été rapiécée à partir de textes apocryphes et de traditions anciennes, ce qui en fait une figure à moitié en dehors et en dedans du catholicisme. C’est une sainte folklorique dont le culte était si fort et si répandu qu’elle a été ramenée dans le giron de l’Église. Il reste qu’elle appartient d’abord aux gens.

sainteanne

Sainte Anne est aussi une figure liminale. Les colons français qui sont arrivés en Amérique étaient déjà de fidèles dévots de Sainte Anne, mais elle a aussi été acceptée par les membres des Premières Nations comme la figure de la Grand-mère.

De tous les lieux de cultes dédiés à sainte Anne, un des deux plus importants se trouve ici, au Canada, dans la ville de Beaupré. La basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré est encore aujourd’hui visitée par des milliers de personnes lors de la neuvaine en l’honneur de sainte Anne. Cette église fut bâtie pour la première fois en 1658, détruite en 1876 après que l’on ait bâti une autre église un peu plus loin en 1872.  Cette église fut rasée par un incendie en 1922 et en 1923, on construisit la basilique que l’on connaît. La présence d’un lieu de culte dédié à Sainte Anne date donc des débuts de la Nouvelle-France et a accompagné la vie des Canadiens français jusqu’à aujourd’hui.

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Sainte Anne est une sainte guérisseuse.  Bon nombre de pèlerins ont expérimenté des guérisons miraculeuses en se rendant à la basilique ou pendant leur séjour là bas. Ses pouvoirs de guérisons sont clairement à la source de la popularité de la basilique.  Les guérisons spontanées sont répertoriées dans les Annales depuis 1876 et elles proviennent de partout: des pèlerins et aussi de gens qui ne sont jamais venus à la basilique, mais qui ont obtenu des guérisons en priant sainte Anne. Pour nous, il serait insensé de mettre de côté une figure dispensant une aussi puissante guérison, surtout que son origine est si peu orthodoxe.

On peut retrouver des traces de pèlerinages à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré à partir du Québec, du Nouveau-Brunswick, de la Louisiane et de la Nouvelle-Angleterre.  En faisant nous-mêmes ce pèlerinage, nous marchons littéralement dans les traces de nos ancêtres. Nous recréons les mêmes gestes et les mêmes circuits que des centaines de milliers de gens avec qui nous partageons une communauté d’esprit ou des liens ancestraux de sang.  La répétition des gestes leur donne du pouvoir.

Selon mon expérience, le contact avec sainte Anne est facile et fluide. Le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré est magnifique, majestueux et pourtant on le sent près de nous, comme s’il nous parlait personnellement.  Une relation avec sainte Anne et avec son sanctuaire est riche et vaut la peine d’être développée.

Sources:

HUFFORD, David J. Ste. Anne de Beaupré: Roman Catholic Pilgrimage and Healing, Western Folklore. Vol. 44, No. 3, Healing, Magic, and Religion (Jul., 1985), pp. 194-207

LAMONTAGNE, Denis. Pour une approche transversale du savoir banal en Acadie : la taoueille, sainte Anne et la sorcière. Rabaska: Revue d’ethnologie de l’Amérique française. Volume 3, 2005, pp. 31-48

 https://sanctuairesainteanne.org/fr


Saint-Anne

Originally published in Wyntergrene Lughnasad 2019 edition

Through our labour to bring back the old French Canadian folk magic into our modern world, it seems we have tried to expunge the Catholic context within which the beliefs prospered. It has become apparent that it is impossible to eliminate this framework in its entirety nor is it recommended. To do so would be to uproot the tradition from the source and make it difficult to commune with our ancestors.

On of these essential junctions with Catholicism is the need to maintain the cult of Saint-Anne. Saint-Anne is somewhat of a controversial figure in Catholicism. Nowhere in the New Testament is she mentioned. The story of Mary’s conception has been stitched together through apocryphal texts and ancient customary tradition. Which makes her a liminal figure at once within Catholicism and without. She is a folk saint with a cult so strong and widespread that she was reeled back into the Church’s fold. That said, she is first and foremost a saint of the people.

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Saint-Anne’s liminality was also exceedingly important as, when the French colonials arrived in America they were already devoted to her, but soon she was also adopted by First Nations as a Grandmother figure.

Of all the cult sites dedicated to Saint-Anne, one of the most important is found here in Canada in the town of Beaupré. The Basilica of Sainte-Anne-de-Beaupré is still visited today by millions of people during the neuvaine (novena) in honour of Saint-Anne. This church was constructed for the first time in 1658, destroyed in 1876 after another church was built a bit further in 1872. This church was engulfed in flames in 1922 and, in 1923, the Basilica was erected as we know it today. The presence of a cult site to Saint-Anne therefore dates back from the beginning of Nouvelle-France and accompanied the French Canadians throughout their lives up to the present.

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Saint-Anne is a healing saint. A good number of pilgrims have enjoyed miraculous healings from their travels to the Basilica proper or during their visit to the site in general. These healing powers are clearly a source of the Basilica’s continued popularity. Spontaneous healings have been reported in the annals since 1876 and they come from varied contexts: From pilgrims, but also people who had never been there prior, but who were healed by the saint through prayer nonetheless. For us, it is inconceivable to set aside such an important figure who provides such potent healing… especially with such an unorthodox origin story.

We can also find traces of pilgrimages to the Basilica of Sainte-Anne-de-Beaupré from Québec, New Brunswick, Louisiana and New England. By undertaking such a pilgrimage, one literally walks in the footsteps of their ancestors. Through the journey, we exemplify the same deeds and journeys that hundreds of thousands of people with whom we share a community of spirit or ancestry once did. By repeating these same deeds, we give the ancients power.

In my own experience, contact with Saint-Anne is rather easy and fluid. The Sanctuary of Sainte-Anne-de-Beaupré is magnificent, majestic and we feel her presence as though she were there, speaking to us personally. A relationship with Saint-Anne and her sanctuary is a richness which deserves to be developed.

Sources:

HUFFORD, David J. Ste. Anne de Beaupré: Roman Catholic Pilgrimage and Healing, Western Folklore. Vol. 44, No. 3, Healing, Magic, and Religion (Jul., 1985), pp. 194-207

LAMONTAGNE, Denis. Pour une approche transversale du savoir banal en Acadie : la taoueille, sainte Anne et la sorcière. Rabaska: Revue d’ethnologie de l’Amérique française. Volume 3, 2005, pp. 31-48

 https://sanctuairesainteanne.org/fr

 

Trous de fée

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Publié originellement dans Wyntergrene edition Litha 2019


Quand les premiers colons sont arrivés ici, ils emportaient tous les mythes et le folklore de leurs régions d’origine.  Cependant, ils venaient ici pour créer quelque chose de nouveau. Ils arrivaient en Nouvelle-France avec une mission premièrement commerciale, mais, même si peu d’entre eux se l’imaginaient, ils allaient aussi devenir les fondateurs d’une nouvelle nation. Ils étaient peu nombreux et ils durent apprendre à vivre ensemble, si bien qu’il est facile d’imaginer qu’ils eurent souvent à trouver le plus petit dénominateur commun, pour arriver à s’entendre et se comprendre.  Ceci s’appliquait aussi lorsqu’ils se contaient des histoires, ils devaient trouver un terrain d’entente. Si, sur le continent européen, certains faisaient une différence entre « lutin », « luiton » ou « nuton », en Nouvelle-France, ils furent tous regroupés sous le terme de « lutin ». Il en fut de même pour les fées. On retrouve énormément de mentions de fées dans les contes, mais il en est beaucoup moins question dans les anecdotes folkloriques. En d’autres termes, si la fée peuple la plupart des histoires des conteurs, le Canadien français moyen n’en fait pas souvent la rencontre, ni n’expérience les effets de leurs passages.  On peut opposer à cette rareté les manifestations des lutins qui venaient régulièrement « tresser les chevaux » et dont les récits de leurs bêtises ou de leurs interactions avec les humains sont abondants.

Il semble qu’ici l’on ne parle des fées que pour nous parler de « trous de fées », des grottes naturelles où elles auraient élu domicile. Ici encore, l’amalgame des différentes traditions est palpable : on parle de « trou de fée », mais on ne sait jamais de quelle sorte de fée il s’agit.  Le terme en est un générique qui laisse à chacun la possibilité de voir les fées sous la forme qui lui semble la plus probable. Malheureusement, même les trous de fées sont rares au Québec. Roy et Barbeau en ont recensé deux : un à Sainte-Anne-de-la-Pocatière dans la région de Kamouraska et un à La Tourelle, en Gaspésie. Une recherche rapide permettra de trouver au moins deux autres grottes portant ce nom, celle nichée sur une falaise du Mont-St-Hilaire en Montérégie et une autre à Desbiens au Lac-Saint-Jean. Il en existe bien aussi une à Crabtree, mais je n’arrive pas à trouver d’histoire où on parle de la présence des fées.  Cette grotte fut découverte par hasard en 1822 et il semble probable qu’on lui ait donné ce nom, car c’était un nom rendu usuel pour ce genre de caverne. La caverne est spacieuse et facilement accessible, alors je vous encourage à aller y faire un tour et a voir si vous sentez la présence de fées.

Le trou de fée de Sainte-Anne-de-la-Pocatière est peu documenté.  On trouve la mention dans les anecdotes de Barbeau, mais sans plus.  Heureusement, elle est mentionnée dans un poème cité dans un livre sur Sainte-Anne-de-la-Pocatière*. Grâce à cet écrit, on peut savoir que ce lieu était souvent visité et qu’il faisait partie du paysage vivant de l’endroit.

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Source: DIONNE, N-E. Sainte-Anne-de-la-Pocatière 1672-1910, L’ile-aux-oies 1646-1910

On trouve aussi mention dans Barbeau et Roy d’un trou de fée à La Tourelle en Gaspésie. L’entrée étroite de cette grotte dissimulait une cavité de 10 pieds de profond et 15 pieds de haut. Les jeunes enfants lançaient des cailloux dans la grotte dans l’espoir d’attraper une fée ou de la faire sortir, quand on était plus grand, on rentrait parfois dans la grotte, mais on n’y restait pas longtemps. Au moment de la publication des écrits de Barbeau et de Roy, il semble y avoir eu consensus chez les gens de la région que des fées habitaient bien cette grotte. Ce trou de fée n’existe malheureusement plus, car il a été dynamité lors de la construction de l’église de Sainte-Anne-des-Monts, comme un écho de la tradition du vieux continent de bâtir des églises sur des lieux de cultes déjà utilisés.

Il existe aujourd’hui des sentiers pédestres se rendant à la grotte de Sainte-Anne-de-la-Pocatière** et qui passent là où se trouvait jadis la grotte de La Tourelle***.

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Source: Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Plus près de Montréal, on peut voir sur le versant nord-ouest du Mont-St-Hilaire une grotte des fées. Il est cependant interdit de la visiter, ce qui est un avertissement bien utile, car on dit que plus on s’approche de l’entrée de cette grotte, plus elle semble impossible à trouver.  Quelques téméraires ont tous de même réussi l’expédition, comme en témoigne la photo trouvée ici:

https://calypso.bib.umontreal.ca/digital/collection/_archives/id/1093.

Aussi, les nouvelles technologies sont d’un bon secours https://youtu.be/iygqOIZdO7w. Pour voir la grotte par vous même, il suffit de se rendre à l’intersection des rues “de la Grotte” et “des fées” dans la municipalité de Mont-St-Hilaire d’où elle est bien visible.  Oui, ce sont les vrais noms des rues, ça ne s’invente pas des affaires de même.

Aussi, si vous visitez la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il existe un parc dédié au Trou de la Fée. La légende raconte que, lors de la Deuxième Guerre mondiale,  la fée qui réside dans cette grotte aurait protégé des jeunes hommes qui auraient préféré “prendre le bois” que de se rapporter au régiment auxquels ils avaient été conscrits. C’est maintenant un site touristique bien établi, il est donc possible de s’y rendre facilement et de manière sécuritaire.****

BARBEAU, Marius, George MERCURE, Jules TREMBLAY et J.-E.-A. CLOUTIER. « Anecdotes populaires du Canada », première série, The Journal of the American Folk-Lore, vol. XXXIII, no. 129, (July-Sept 1920), p. 173 – 297.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

*DIONNE, N-E, (1910). Sainte-Anne-de-la-Pocatière 1672-1910, L’ile-aux-oies 1646-1910. Québec, Laflamme et Proulx, 219 p.

**https://baliseqc.ca/3S/explorer/bas-saint-laurent/la-montagne-du-college-de-sainte-anne-de-la-pocatiere-LR0566 

***https://baliseqc.ca/3S/explorer/gaspesie/sentier-de-la-fee-LR1067

****http://www.cavernetroudelafee.ca/


The Fairy Hollow

Originally published in Wyntergrene Litha 2019 edition

When the first colonizers arrived, they brought with them their myths and their regions’ folklore. However, they were coming here to create something new.  They were coming to Nouvelle-France with a primarily commercial mission but, even if they didn’t know it at the time, they were the founders of a new nation. There were very few of them and they had to quickly learn to live with each other.  It’s easy to imagine that they had to find common ground to be able to understand each other. It must have also applied to when they were telling each other stories. So, while on the European continent, there was a clear difference between “lutin”, “luiton” and “nuton” in Nouvelle-France they were all lumped together under “lutin” (goblin). The same thing applied to fairies. We may encounter a lot of stories with fairies as characters, however in local folklore this isn’t always the case. In other words if fairies show up in every other tale from the conteur (storyteller), most people have not actually encountered one in real life nor have they experienced the aftermath of their presence.  This can be contrasted with how common the accounts of the lutin’s mischievousness are. We have countless stories of them braiding – or rather knotting –  a horse’s mane or otherwise interacting with humans.

It seems that when we are talking about fairies in French Canada, it’s mostly to talk about the trous de fées (fairy hollows), natural caves or grottos where they were said to have once lived or still do.   Here, we can see the heritage of the common ground found by those first colonizers: We find “trous de fées” all over the territory, but we are never told which kind of fairies lived in them. The term is generic, so everyone could picture fairies under the guise which fit the most with their own background. Unfortunately, even “trous de fées” are rare in Québec. Roy and Barbeau talked about only two: one in Sainte-Anne-de-la-Pocatière in the region of Kamouraska and one in La Tourelle in Gaspésie. Quick research provided two more results, one nestled on one of Mont-Saint-Hilaire’s cliffs and another in Desbiens in the region of Lac-Saint-Jean.  There is another one that can be found in Crabtree, but I can’t find any stories where the presence of fairies is acknowledged. The cave was found by chance in 1822 and it seems plausible that by then, this was the default name for that kind of cave. It’s fairly large and easily accessible, so I do encourage you to visit it and see if you can connect with any fairy therein.

Sainte-Anne-de-la-Pocatière’s “trou de fée” is not very well documented. We find it’s name in Barbeau’s anecdotes, but not much more. Fortunately, it’s also mentioned in a poem cited in a book about Sainte-Anne-de-la-Pocatière*. Thanks to that, we have proof that this cave was visited often and was part of the living landscape.

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Source: DIONNE, N-E. Sainte-Anne-de-la-Pocatière 1672-1910, L’ile-aux-oies 1646-1910

In Roy and Barbeau, there is mention of a “trou de fée” in La Tourelle, Gaspésie. The narrow entrance hid a 10 foot deep depression and 15 foot high ceiling. Children would throw rocks into the cave, trying to make a fairy come out or to hit one. When they grew a bit older, they sometimes entered the cave but never for long. When Barbeau and Roy published their works, it seems there was a consensus among the people of the region that fairies did live in this cave. Unfortunately, this “trou de fée” doesn’t exist anymore, it was dynamited when the church of Sainte-Anne-des-Monts was built, like an echo of the age old tradition of building a new cult building on an older one.

Nowadays, there are walking trails to the “trou de fée” in Sainte-Anne-de-la-Pocatière** and some that go through where the one in La Tourelle used to be***.

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Source: Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Closer to Montreal, you can see on Mont-Saint-Hilaire’s north-west slope a  fairy hollow.  It is forbidden to visit it, a useful warning, as it is said that the closer you get to it, the harder it is to find it. A few brave ones did succeed though, as this picture proves https://calypso.bib.umontreal.ca/digital/collection/_archives/id/1093. Today’s technology is also a big help https://youtu.be/iygqOIZdO7w. To see the cave for yourself, you just need to go to the intersection of the “de la Grotte” et “des fées” streets in the city of  Mont-Saint-Hilaire where it is clearly visible. Yes, these are the real street names, you just can’t make that up.

If you visit the Saguenay-Lac-Saint-Jean region, there is a whole park dedicated to the “Trou de la Fée”. The legend says that, throughout the Second World War, the fairy who lived there protected the young man who “took to the woods” (aka draft dodgers). It’s now a well established tourist attraction where you can visit easily and safely.****

BARBEAU, Marius, George MERCURE, Jules TREMBLAY et J.-E.-A. CLOUTIER. « Anecdotes populaires du Canada », première série, The Journal of the American Folk-Lore, vol. XXXIII, no. 129, (July-Sept 1920), p. 173 – 297.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

*DIONNE, N-E, (1910). Sainte-Anne-de-la-Pocatière 1672-1910, L’ile-aux-oies 1646-1910. Québec, Laflamme et Proulx, 219 p.

**link in French only https://baliseqc.ca/3S/explorer/bas-saint-laurent/la-montagne-du-college-de-sainte-anne-de-la-pocatiere-LR0566

***link in French only https://baliseqc.ca/3S/explorer/gaspesie/sentier-de-la-fee-LR1067

****http://www.cavernetroudelafee.ca/en/index/

 

Les herbes de la Saint-Jean

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Publié originellement dans Wyntergrene edition Beltane 2019


Par Morrigane Feu et Erik Lacharity, collaboration spéciale d’Irma Bridana

“Herbes de la Saint-Jean” est un nom générique pour un ensemble de plantes médicinales importantes dans la culture d’une région donnée. Elles sont cueillies le matin de la Saint-Jean-Baptiste, avant le lever du soleil, ou encore la veille. On croyait que les plantes suivaient le rythme du soleil et qu’ils étaient tous deux au sommet de leur force à cette période de l’année, d’où l’importance de faire une réserve des plantes les plus utiles en médecine traditionnelle ce jour-là.

Cette pratique nous provient de la France où elle était bien établie, mais avec certaines différences, notamment le moment de la cueillette qui se faisait plutôt entre midi le 23 juin et midi le lendemain. Aussi, plusieurs listes de plantes dites “de la Saint-Jean” se trouvent facilement dans le folklore français, mais ici les références se font rares.

Les différentes listes trouvées en France témoignent de deux choses: les herbes de la Saint-Jean différaient d’une région à l’autre et les herbes récoltées étaient celles que les gens considéraient comme les plus utiles. Étant donné que cette coutume nous vient directement des colons français, il est justifiable d’assumer que ces deux caractéristiques se retrouvaient ici aussi. La seule herbe qui était indéniablement cueillie cette journée-là était l’armoise commune (Artemisia vulgaris) qui portait aussi le nom d’herbe Saint-Jean et fut probablement importée de Normandie. Les autres plantes dont les noms sont mentionnés sont la sauge et la camomille. On trouve aussi le nom de Artemisia biennis, dont le nom commun est aussi armoise. Il est possible que ces deux plantes aient été confondues l’une pour l’autre, dépendant de la disponibilité de chacune dans une région donnée.

En se basant sur le fait que les plantes cueillies dépendaient de la région, il est possible d’extrapoler quelles plantes était possiblement considérée comme “de la Saint-Jean” en regardant lesquelles étaient le plus utilisé dans les remèdes traditionnels, que ce soit en nombre ou en importance.

Là encore, les sources n’abondent pas, alors si vous en connaissez ne vous gênez pas pour faire exploser notre boîte courriel (courirleloupgarou@gmail.com) avec vos anecdotes, livres, articles…

Retournons en Gaspésie où les remèdes traditionnels sont mieux documentés. Certaines plantes ont plusieurs utilités et on les retrouve régulièrement dans la littérature, notamment dans le livre Littérature orale en Gaspésie de Carmen Roy. Une liste des plantes qu’on retrouve nommée le plus souvent dans le recensement de la pharmacopée gaspésienne de Roy suivra. J’ai ajouté à cette liste l’achillée millefeuille, car elle fait partie des Herbes de la Saint-Jean dans de nombreuses régions de France et elle est très répandue ici. Vous trouverez aussi, comme point de comparaison, l’utilisation en herboristerie moderne des mêmes plantes. Je remercie énormément Irma Bridana, étudiante finissante à l’école Herbothèque, pour sa collaboration à cet article. Un petit rappel de toujours faire appel à un médecin lorsque vous avez un problème de santé et que cet article ne remplace en aucun cas une consultation avec un médecin. Et comme le dit si bien Irma, consulter un.e herboriste qualifié.e avant d’utiliser les plantes.

savoyane

Savoyane (Coptis groenlandica):
Usages traditionnels: -Pour hâter l’accouchement: boire une infusion de savoyane.
-Pour guérir un aphte: mâcher de la savoyane.
-Pour augmenter l’appétit: sucrer une infusion de racine de savoyane et la faire réduire avant de la boire.
-Pour soulager l’asthme:mâcher de la savoyane.
-Pour les maux d’estomacs: boire une tisane de racine de savoyane.
-Pour soigner les faiblesses: Boire une tisane de cormier, d’épinette noire, de cerisier et de savoyane. OU boire une infusion de rhizomes de salsepareille, de savoyane et de buis OU boire une savoyane (faire bouillir une livre de savoyane et y ajouter une chopine de whisky et un demiard* de sucre d’érable)

Usages modernes:
La savoyane a des propriétés antiseptiques, astringentes et stomachiques. Ses utilisations prédominantes concernent les usages pour traiter les problèmes buccaux, traiter le rhume et pour ses qualités digestives. Par contre elle contient des alcaloïdes et ne devrait pas être utilisée sans l’avis d’un herboriste qualifié.

Plantago Major

Plantain (Plantago major):
Usages traditionnels: -Pour soigner les brûlures: faire un onguent en faisant bouillir le plantain dans le saindoux. Faites refroidir et appliquer sur la brûlure.** -Pour soigner les clous: appliquer un cataplasme de plantain. On peut aussi appliquer le cataplasme chaud après y avoir ajouté du savon et du sucre.
-Pour soigner une coupure: faire chauffer des feuilles de plantains auxquelles on a retiré les nervures au-dessus de la vapeur puis les tremper dans l’huile de foie de morue et en envelopper le membre.
-Pour réduire l’enflure: Appliquer un cataplasme de feuille de plantain.
-Pour les maux d’estomac: boire une tisane de tiges de plantain.
-Pour les pertes blanches: Infusion de racine de plantain. La source ne dit pas de la boire ou de l’appliquer localement, alors à vous de décider #yolo -Pour les piqûres de guêpes: faire un cataplasme de feuilles de plantain.

Usages modernes:
Le plantain à des propriétés altératif, anti-inflammatoire, astringent et hémostatique entre autres. On l’utilise principalement pour nettoyer et assainir. Que ce soit la peau pour une plaie ou le sang, les voies digestives ou respiratoires. Elle apporte soulagement arrête le sang et accélère la cicatrisation.

Burdock

Bardane/Racine d’amoureux/Toques (Arctium lappa):
Usages traditionnels:
Pour soigner les faiblesses: Boire une infusion de racines de bardane.
Pour la méningite: Infusion de bardane.
Pour le panaris: Broyer les racines de bardanes entre deux pierres grises, faire un cataplasme avec du savon et appliquer sur l’infection.
Pour les rhumatismes: Boire une infusion de tige de bardane ou appliquer un cataplasme fait de racines de bardane et de saindoux.
Pour purifier le sang: Boire une infusion de tige de bardane.
Pour la tuberculose: Infusion de racine de bardane.

Usages modernes:
La bardane à des propriétés antibactérienne, antifongique, dépurative, diurétique parmi d’autres. Elle est utilisée principalement pour son action dépurative et son effet sur la peau, car elle vient soutenir les fonctions d’élimination du corps ce qui facilite l’excrétion des toxines. Il y a certaines précautions dans un usage prolongé, s’informer à un herboriste pour un usage prolongé et important.

quackgrass

Chiendent (Agropyron repens ou Elymus repens):
Usages traditionnels: -Pour soigner la calvitie: faire une infusion de chiendent, laver la tête de la personne affligée puis badigeonner le cuir chevelu avec de l’huile d’olive.
-Pour les maux d’estomac: boire une tisane de racine de chiendent.
-Pour les maux de reins et/ou les rhumatismes: boire une tisane de rhizome de chiendent

Usages modernes:
Le chiendent à des propriétés antibactériennes, antilithiasique, dépurative, diurétique, émollient. C’est une plante qu’on utilise principalement pour son action sur la sphère urinaire et un engorgement du foie. Elle apporte humidité et mouvement utile en cas de sécheresse. Elle n’est pas sans précautions non plus et elle ne devrait pas être utilisée sur de longues périodes.

Yarrow

Achillée millefeuille/herbe à dinde (Achillea millefolium):
Usages traditionnels:
Pour la fièvre: Boire une tisane d’achillée millefeuille ou appliquer des feuilles chaudes sous les pieds.
Pour les maux de reins: Boire une infusion d’achillée millefeuille.

Usages modernes:
L’achillée millefeuille à des propriétés diverses entre autres d’être astringente, diaphorétique, digestive, fébrifuge et hémostatique. Elle est principalement utile pour tout ce qui touche au sang et les vaisseaux ainsi que la digestion et la peau. Elle est connue pour stopper les saignements et accélérer la guérison des plaies. Il y a des précautions la concernant pour les femmes enceintes. S’informer auprès d’un herboriste avant l’usage interne prolongé.

*une demi-chopine ou un quart de pinte.
**Malgré le fait que l’on sait aujourd’hui qu’on n’applique jamais de corps gras sur une brûlure, les onguents faits à base d’un corps gras sont extrêmement courants en médecine traditionnelle.

Références
Frère Marie-Victorin. (1995). La flore laurentienne, troisième édition. Montréal: Les Presses de l’Université de Montréal. 1093 p.

ROUSSEAU, J et Raymond, M. (1945). Étude ethnobotaniques québécoises. Montréal, Université de Montréal, Contributions de l’institut botanique de l’Université de Montréal no. 55, 154 p.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

Le réseau de diffusion des archives du Québec. Clin d’oeil sur nos traditions: la Saint-Jean-Baptiste.

Repéré à: http://rdaq.banq.qc.ca/expositions_virtuelles/coutumes_culture/juin/st_jean_baptiste/clin_oeil_tradition.html


Saint-Jean’s Herbs 

Originally published in Wyntergrene Beltane 2019 edition

“Herbes de la Saint-Jean” is a generic term for a group of important medicinal plants in a given region. They are gathered on the morning of Saint-Jean-Baptiste (June 24th) before sunrise, or on the eve of Saint-Jean-Baptiste. It was believed that, like the sun, the plants were at the height of their potency at that time of the year. Therefore, it was really important to stock up on the most important plants in traditional medicine on this particular day.

This practice comes from France where it was well established albeit with a few differences such as the time of the harvesting. It was done between noon on June 23rd and noon the next day. Also, there are many lists of “Herbes de la Saint-Jean” found in France’s folklore, where here references are scarce.

The different lists that can be found in France tell us two things: the plants falling under the name “Herbes de la Saint-Jean” differed from place to place, definitely making the practice a regional one, and these plants were the ones people considered the most useful. As this practice came directly from the French colonists, it can be inferred that these two characteristics could be found in Canada. The only plants we’re absolutely sure were harvested on June 24th is mugwort (Artemisia vulgaris in Latin and armoise in French) as it was known by the name “Herbe Saint-Jean” and was probably introduced by Norman settlers. The other plants that have been mentioned in the few sources we have is chamomile and sage. Artemisia biennis is also mentioned but as its common name is « armoise », just like Artemisia vulgaris it’s possible that both plants have been mistaken for one another depending on their prevalence in a given region.

If the plants harvested were a regional practice, it’s easy to infer which one was considered “Herbes de la Saint-Jean” depending on their importance in one region or another. Here, sadly, the sources are still lacking, so if you know of any, don’t hesitate to make our inbox explode (courirleloupgarou@gmail.com) with your anecdotes, stories, books, papers…

Let’s go back to the Gaspésie, where traditional remedies have been well documented. Some plants have many uses and we find their names again and again in literature, namely in Carmen Roy’s Littérature orale en Gaspésie. A list of the plants that can be found most often in Gaspésie’s traditional medicine will follow. I also added yarrow to this list as it was part of many lists in France and is readily available here. You will also be able to find a section on how these plants are used in modern herbalism as a point of comparison. I would like to thank Irma Bridana for her help on this article. Also, just remember to see a doctor for any health concerns and that this article doesn’t replace a doctor’s advice. And, as Irma says, consult a qualified herbalist before using any plants.

savoyane

Threeleaf goldthread (Coptis groenlandica):
Traditional uses:
-To hasten delivery: drink an infusion of threeleaf goldthread
-To heal a canker sore: chew threeleaf goldthread.
-To have more appetite: make a threeleaf goldthread infusion, add sugar and reduce before drinking.
-Against asthma: chew threeleaf goldthread.
-For stomach aches: drink a threeleaf goldthread infusion.
-For weaknesses: Drink an infusion of American mountain ash, black spruce, bitter-berry and threeleaf goldthread OR drink an infusion of wild sarsaparilla’s roots, boxwood and threeleaf goldthread OR drink a “savoyane” (boil one pound of threeleaf goldthread and add a quart of whisky and a fourth of a pint of maple sugar).

Modern uses:
threeleaf goldthread is antiseptic, astringent and stomachic. It’s main use is to treat mouth problems and colds and for helping digestion. However it contains alkaloids and should not be use without the advice of a qualified herbalist.

Plantago Major

Broadleaf plantain (Plantago major):
Traditional uses:
-For burns: make an ointment by boiling plantain in lard. Cool and apply to the burn*.
-For boils: apply a poultice of plantain. You can also heat the cataplasm and add soap and sugar.
-For cuts: devein the plantain leaves, heat them over vapor and soak them in cod-liver oil. Wrap the limb in the leaves.
-To reduce swelling: apply a poultice of plantain.
-For stomach aches: drink a plantain infusion.
-For vaginal discharge: Infusion of plantain roots. The source doesn’t say if you should drink it or apply it locally, so it’s your choice I guess #yolo.
-For wasp stings: Poultice of plantain’s leaves.

Modern uses:
Plantain has alterative, anti-inflammatory, astringent and hemostatic properties. It’s mainly used to clean and purify, be it the skin, a wound, the blood, digestive track or the respiratory system. It relieves pain, stops bleeding and speeds up scarring over.

Burdock

Greater burdock (Arctium lappa):
Traditional uses:
-For weakness: drink an infusion of burdock’s root.
-For meningitis: drink an infusion of burdock.
-For whitlow: grind burdock’s roots between two grey stones, make a poultice with soap and apply to the infection.
-For rheumatism: Drink an infusion of burdock’s stem or apply a poultice made from the roots of a burdock and lard.
-To purify the blood: Drink an infusion of burdock stems.
-For tuberculosis: drink an infusion of burdock roots.

Modern uses: Burdock has antibacterial, antifungal, purgative and diuretic properties. It’s used for its purgative effect and its effect on the skin, as it supports the body’s eliminating functions which helps the excretion of toxins. There are some precautions to take if you plan to take the plant for an extended period of time. You should consult a qualified herbalist before taking the plant in high dosage or for a prolonged period of time.

quackgrass

Quackgrass (Agropyron repens or Elymus repens):
Traditional uses:
-For baldness: make an infusion of quackgrass, wash the afflicted person’s head and slather the scalp with olive oil.
-For stomach aches: drink a quackgrass’s root infusion.
-For kidneys troubles of rheumatism: drink an infusion of quackgrass’s roots.

Modern uses:
Quackgrass has antibacterial, antilithic, purgative, diuretic and emollient properties. This pant is mostly used for urinary disorders and liver engorgement. It brings humidity and movement and is useful in a case of dryness. This plant should be used with precaution and not for prolonged periods of time.

Yarrow

Yarrow (Achillea millefolium):
Traditional uses:
-For fever: drink an infusion of yarrow or apply hot leaves under feet.
-For kidney troubles: drink an infusion of yarrow.

Modern uses:
Yarrow has astringent, diaphoretic, digestive, febrifuge and hemostatic properties. It’s especially useful for that which touches blood or the vascular system as well as for digestion and the skin. It is known to stop bleeding and hasten the healing of wounds. Pregnant women should use with precautions. Consult a qualified herbalist before taking internally for a prolonged period of time.

*Despite the fact that we now know that we should never apply any kind of fat to a burn, ointments made from fat are extremely common in traditional healing.

Sources:
Frère Marie-Victorin. (1995). La flore laurentienne, troisième édition. Montréal: Les Presses de l’Université de Montréal. 1093 p.

ROUSSEAU, J et Raymond, M. (1945). Étude ethnobotaniques québécoises. Montréal, Université de Montréal, Contributions de l’institut botanique de l’Université de Montréal no. 55, 154 p.

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

Le réseau de diffusion des archives du Québec. Clin d’oeil sur nos traditions: la Saint-Jean-Baptiste.

Found at: http://rdaq.banq.qc.ca/expositions_virtuelles/coutumes_culture/juin/st_jean_baptiste/clin_oeil_tradition.html

Les oeufs dans la magie folklorique du Canada français

English will follow

Publié originellement dans Wyntergrene edition Ostara 2019


Les oeufs sont prévalents dans la médecine traditionnelle de la Gaspésie.  On les utilise pour la guérison de plusieurs maux allant de la faiblesse aux rhumatismes en passant par l’entorse et le rhume. Cependant, de tous les remèdes répertoriés par Carmen Roy, le plus long rituel porte sur la guérison du “dérangement” de ne pas avoir d’enfants et les oeufs y jouent un rôle central. L’association entre la fertilité et les oeufs n’échappait donc pas aux Gaspésiens. On y tente de “replacer la matrice” et de traiter les ovaires par magie sympathique. Le rituel à trois étapes, on ouvre le chemin en appliquant une flanelle imbibée de moutarde, qui sera changée régulièrement pendant une heure. Par la suite, on frotte une gousse d’ail dans une soucoupe dans le sens antihoraire et on l’insère dans le nombril de la patiente où elle restera jusqu’à ce qu’elle tombe d’elle-même. Par la suite, on mélange à trois blancs d’oeufs en neige une demi-cuillère à thé de poivre et trois tranches de savon. Ce mélange est étendu sur un mince morceau d’étoupe de France* puis on ajoute une cuillère à soupe de résine de sapin** fondu.  Le cataplasme est ensuite appliqué sur le ventre de la femme et elle devra rester étendue, en marchant le moins possible, sans rien soulever ni faire aucun effort, aussi minime soit-il, jusqu’à ce qu’il tombe de lui-même. Ce rituel ou une variation de celui-ci se retrouve dans presque tout le Canada français et pourrait bien avoir son origine ici plutôt que sur le continent européen.

Un autre rituel lié à la grossesse dépend aussi presque entièrement des oeufs.  Le voyagement pouvait être long et difficile, particulièrement pour une femme enceinte. Si elle devait tout de même se déplacer, une femme enceinte pouvait appliquer sur son ventre un cataplasme fait seulement de blanc d’oeuf dans lequel on a jeté sept petits bouts de soie rouge.  Le pouvoir de fertilité des oeufs se transférait donc au bébé et on s’assurait qu’il “collait” dans le ventre de sa mère.

Dans presque tous les autres cas de médecine traditionnelle où les oeufs sont impliqués, les oeufs doivent être ingérés ou frotter sur les membres pour faire pénétrer.  Dans ces cas, on se repose moins sur la magie sympathique que sur la croyance que les oeufs possédaient une substance qui soutenait la guérison. On se rapproche de l’esprit de la médecine moderne, tout en restant loin de sa lettre.  Il faut savoir que certaines de ces recettes contenaient aussi de la térébenthine et du camphre. Oups… Il reste que le pas est facile à faire entre l’oeuf symbole de vie et de fertilité et l’oeuf ayant un pouvoir de guérison.

Eggs

Les Canadiens français accordaient beaucoup d’importance aux présages et à la divination. Dans un pays où les conditions de vie sont difficiles, ce n’est pas surprenant qu’on essaie de glaner le plus d’information possible sur ce qui nous attend.  Par contre, il existe peu d’enregistrements écrits de présage ou de divination où on trouve des oeufs. On dit que de rêver d’un oeuf cassé est présage de peine et l’inverse est présage de joie. Si on échappe un oeuf par terre, c’est présage de chicane.

Si vous et un.e de vos ami.e mourrez d’envie de connaître l’identité de votre futur époux/se, j’ai le rituel de divination parfait pour vous! La veille de la Toussaint, faites cuire un oeuf chacun dans la cendre. Couper les oeufs cuits en deux et saler les deux moitiés allègrement. Non, plus que ça, encore plus de sel. Encore un peu. Voilà. Ne mangez que le blanc et allez vous coucher. Pendant la nuit, votre futur.e époux/se viendra vous offrir à boire.  Le lendemain matin, trouvez un chien ensemble a qui offrir vos deux jaunes d’oeuf restants. Le premier jaune que le chien dévorera indiquera qui de vous deux se mariera en premier.

Si vous cherchez une méthode de divination plus générale, mettez un blanc d’oeuf dans une bouteille d’eau, placez cette bouteille au soleil pour environ 30 minutes.  Des “fantasmagories” s’y formeront et vous pourrez discerner divers symboles et images qui ne demandent qu’à être interprétés.

En terminant, si vous avez la chance d’avoir des poules pondeuses chez vous, vous pourriez peut-être penser à mettre un morceau de fer sous leurs nids pour éviter que leurs oeufs ne tournent.

*L’étoupe de France servait à calfeutrer la coque des bateaux. Dans une communauté qui dépend autant de la mer pour sa survie, il est facile de faire le lien entre l’étoupe de France et la prospérité, le succès et la fertilité.

**Le sapin est un symbole du triomphe de la vie sur la mort. Ce rituel est chargé de symboles puissants, ce qui témoigne de l’importance d’avoir des enfants dans la société gaspésienne.

Sources:

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

DESRUISSEAUX, Pierre (1976). Magie et sorcellerie populaire au Québec. Montréal, les Éditions Triptyques. 205 p.


Eggs in French Canadian folk magic

Originally published in Wyntergrene Ostara 2019 edition

 Eggs are prevalent in traditional medicine from la Gaspésie. They were used in cures for treating illnesses such as a general weakness, rheumatism, colds and sprains. However, of all the cures that are listed by Carmen Roy, the longest ritual concerns the “dérangement” or disturbance of being unable to have children and eggs played a central role in this.  The association between fertility and eggs was not lost on people from la Gaspésie. In this ritual, we are trying to replace the “matrice” (matrix, uterus) and treating the ovaries through sympathetic magic. The ritual has three steps, the road is opened by placing a flannel band soaked in mustard which would be changed regularly for an hour. Then a bulb of garlic is rubbed on a saucer counterclockwise. The bulb is then put inside the patient’s navel where it will stay until it falls out on its own. Three egg whites are beaten until stiff and to this add half a teaspoon of pepper and three shavings of soap. The mixture is spread thinly on a piece of étoupe de France* (tow) and we add a tablespoon of melted sapin** resin. The cataplasm is applied on the belly of the patient and she should lay down as much as possible, walk as little as possible and not make any efforts as small as they may be. This ritual can be found all over French Canada and could have originated here and not on the European continent.

Another ritual linked to pregnancy is almost entirely depending on eggs as well. Travelling could be long and difficult, especially for a pregnant woman. If she had to travel, a pregnant woman could apply to her belly a cataplasm made from egg whites in which seven little pieces of red silk had been added. The fertility power of the eggs would be transferred to the baby to  ensure that it would “stick” inside the mother’s womb.

In almost every other traditional medicine practice where eggs were used, they had to be ingested or rubbed on the affected area so as to guarantee penetration. In those cases, we are relying less on sympathetic magic and more on the belief that a substance or a chemical compounds promoting healing was to be found in eggs. We are getting closer to modern medicine, but far from science. You will note that some of these recipes also involve turpentine and camphor. Yeah… Still, it’s easy enough to get from “the egg as a symbol of life and fertility” to “the egg as having healing powers.”

Eggs

French Canadians gave a lot of importance to omens and divination.  In a country where living conditions were harsh, it’s not surprising that people would try to decipher what the future had in store. However, omen involving eggs are not common in the record.  It is said that dreaming of a broken egg foretells of heartache and the opposite, of joy. If someone drops an egg, it’s a sign of a fight to come.

If you and one of your friends are dying to know who you will marry, I have the perfect divination method for you! On the eve of La Toussaint (All Saint’s day), each of you should cook an egg in ashes. Cut the eggs into halves and salt them. No, more than that. More salt. A bit more. Yes, like that. Eat the whites before going to bed. While you sleep, your future spouse will appear to you in a dream and offer you something to drink. The next morning, you should find a dog together and offer it the yolks from those same eggs.  The first yolk eaten by the dog belongs to the first of you two who will get married.

If you are searching for a more general divination method, put an egg white in a bottle filled with water and put the bottle in the sun for half an hour. “Fantasmagories” (phantasmagorias, shapeless forms) will form, waiting for you to make sense of the symbols or imagery that they represent.

Finally, if you own chickens, you may want to place a piece of iron under their nests so as to ensure that the eggs don’t spoil.

 

*L’étoupe de France/tow served to plug holes in the hull of boats.  In a community depending as much on the sea as la Gaspésie, it’s easy to make the parallel between l’étoupe de France and prosperity, success and fertility.

**The sapin is a symbol of the triumph of life over death. This ritual is charged with a lot of powerful symbols, which shows how important having children was in this society.

Also, it seems we can’t agree on the right translation for “sapin”.  We hesitate between spruce, balsam and fir tree. Let’s agree on “Christmas tree”.

Sources:

ROY, Carmen (1962). Littérature orale en Gaspésie. Ottawa, Musée national du Canada, bulletin no. 134, 389 p.

DESRUISSEAUX, Pierre (1976). Magie et sorcellerie populaire au Québec. Montréal, les Éditions Triptyques. 205 p.

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